France 3 diffuse ce soir le film "Le mur de l'Atlantique" de Marcel Camus. En vedette, Bourvil dans son dernier rôle. Glissons-nous sur le tournage au milieu des comédiens et découvrons l'une des dernières interviews télévisées accordée par l'artiste à la télévision.

Le 29 mai 1970, le JT de 13 heures proposait aux téléspectateurs de découvrir en avant-première quelques scènes du long-métrage qui allait sortir à la rentrée 1970, quelques jours après le décès de Bourvil. Pour l'heure, entre deux scènes, c'est souriant mais fatigué, que Bourvil acceptait de répondre aux questions concernant son rôle dans cette comédie sur fond de Seconde Guerre mondiale et dont le scénario était tiré d'une histoire authentique.

"Oui, c'est l'histoire d'un peintre qui, en allant tapisser les murs de la Wehrmacht, en remportant les rouleaux de papier, a emporté les plans du mur de l'Atlantique et est rentré chez lui et n'a plus osé le rapporter aux autorités allemandes (…) c'est un film comique. La guerre est en toile de fond mais on ne la voit pas". Le reporter lui demande s'il s'agit d'un rôle sur mesure? Il confirme, "Oui, oui, au départ, j'étais assez ce peintre, ça correspond exactement à mon personnage".

bourvil620

La caméra filme discrètement une scène entre Bourvil et Sophie Desmarets dans laquelle il apprend qu'il est le grand-père d'un charmant bébé.

"Je suis un homme heureux"

Le journaliste lui pose une étrange question sortie du contexte du film qui semble cependant amuser le comédien : "En dehors de cela, est ce que vous êtes un homme heureux? Vous avez l'air heureux mais on peut avoir l'air heureux et ne pas l'être." L'acteur répond par l'affirmative mais le ton un peu las, "si, si. Je suis un homme heureux. Si je n'étais pas heureux, il faudrait vraiment que je sois exigeant".  

Le journaliste insiste, "qu'est-ce qui vous a rendu heureux ?", "ben la vie quoi ! J'ai une bonne santé. Je fais un métier qui me plaît. J'ai deux enfants formidables qui travaillent. J'ai une femme qui est une mère extraordinaire, de l'argent, je crois que j'en ai assez pour vivre. Qu'est-ce qu'il vous faudrait de plus ? Je n'ai pas besoin de faire la quête.  Et quand je serai vieux, je n'aurais rien à demander à personne. Ce qui est bien agréable. Si avec ça, je n'étais pas heureux, alors je serai à gifler". Il poursuit concernant le tournage, "Aujourd'hui, on est très malheureux parce qu'on a une scène qui devait se passer au soleil aux beaux jours. D'un seul coup, il fait un froid de canard et cette scène qui est une scène importante, une scène d'émotion. On est figé par le froid, on ne peut pas tourner".

"Je n'emploie jamais de procédés pour faire rire"

Le journaliste l'interroge ensuite sur la part de comique dans le film.

"C'est avant tout humain. C'est près de la vie quoi. Je n'emploie jamais de procédés pour faire rire. Je suis un personnage, mais je ne vais pas faire, pour faire rire [il mime une grimace], je pourrais le faire mais les gens diraient il est fou ! Pourquoi il fait ça ? Ils diraient il n'a aucun sens de la vérité de son personnage. Parce que les grimaces vous savez, en travaillant bien, on en fait. Regardez, je ne suis pas mauvais. C'est beau aussi ça [il mime une nouvelle grimace], ça ne vous fait pas rire, vous êtes blasé vous !" C'est ainsi que s'achève l'une des dernières interviews de Bourvil entre rire et émotion.

Lors du tournage, la bonne humeur de Bourvil cachait un sombre secret. L'acteur souffrait alors d'un cancer de la moelle, diagnostiqué un peu plus tôt, information qu'il avait décidé de ne pas divulguer. Ce tournage éprouvant sera teinté de souffrances. Bourvil décédera quelques mois après la fin du tournage, à l'âge de 53 ans, le 23 septembre 1970.

Pour aller plus loin

Pour le cinéma : émission du 8 juin 1970. Tournage d'une scène du film "Le Mur de l'Atlantique" de Marcel Camus. Interviews de Marcel Camus sur les différents personnages du film. Bourvil souligne que c'est une histoire vraie tirée des carnets du colonel Rémy et que c'est un film comique. Présence de Sophie Desmarets, Jean Poiret et de Reinhard Kolldehoff. 

Pour le cinéma : hommage à Bourvil récemment décédé à travers ses deux derniers films Le mur de l'Atlantique de Marcel Camus et Le cercle rouge de Jean Pierre Melville. Il évoque ses projets cinématographiques prévus alors jusqu'en 1971...(5 octobre 1970)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 16/06/2020 à 19:10. Dernière mise à jour le 16/06/2020 à 19:28.
Art et Culture Cinéma