Après des années de panne de la construction européenne, l'élection de Georges Pompidou à la Présidence change la donne. Le sommet de La Haye des 1er et 2 décembre 1969, sur proposition française, permet la relance de l'intégration européenne. Parmi les décisions prises au sommet, le principe de l'élargissement au Royaume Uni, à l'Irlande, au Danemark et à la Norvège, est acté.

A la fin des années 1960, la construction européenne est en panne. L’attitude du général de Gaulle, fervent défenseur d’une Europe des Nations, s’oppose à la vision partagée par certain états membres et par les « Pères fondateurs » d’une Europe plus politique, à caractère supranational. La décennie 1960 est ainsi marquée par la « Crise de la chaise vide », entre 1965 et 1966, épisode au cours duquel la France bloque le fonctionnement des institutions, ainsi que par les deux veto opposés par le général de Gaulle à l’entrée de la Grande Bretagne dans la CEE.

Tout change avec le départ du général de Gaulle de l’Elysée, en 1969. Georges Pompidou est élu président de la République le 20 juin 1969. Six mois plus tard, il propose à ses homologues européens une rencontre au sommet pour relancer la construction européenne.

Le gouvernement néerlandais répond favorablement à la proposition française en proposant d’accueillir sur son sol la conférence. Elle se tient les 1er et 2 décembre 1969 à La Haye.

A la réunion participent les six pays qui constituent alors la CEE : l’Allemagne, l’Italie, le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas, et la France.

Pour le président Pompidou, qui reste un héritier de la vision du général de Gaulle, il est essentiel que la relance de l’Europe se fasse sur une base intergouvernementale, et non supranationale. Son effort consiste donc à marginaliser la Commission, organe par excellence de l’Europe supranationale : elle n’est pas invitée au sommet. Mais sous la pression de ses pairs, Pompidou cède le deuxième jour et invite la Commission à rejoindre les débats.

De l’avis de tous, le sommet est une succès. Les médias s’en font l’écho, et permettent à Georges Pompidou d’expliquer clairement aux Français les principaux points de déblocage qui vont permettre selon lui la relance.

Le premier, le plus important aux yeux de la délégation française, concerne « l’achèvement » de la politique agricole commune, avec, selon les termes du président Pompidou, « l’adoption du règlement financier définitif qui constitue la sauvegarde du marché commun agricole ».

Le second point, porté notamment par le chancelier Willy Brandt et les pays du Benelux, favorables à une Europe plus politique, concerne « l’approfondissement ». Georges Pompidou l’explique en ces termes : « L’ouverture du marché commun sur d’autres domaines que l’agriculture ou l’union douanière. Une action commune en particulier pour assurer une meilleure coordination de nos politiques économiques et monétaires », comme par exemple dans le domaine de la « technologie, des industries de pointe, de la jeunesse, ou […] de l’action vis-à-vis des pays sous développés ».

Le troisième point, enfin, est certainement celui qui reste le plus attaché au sommet : « l’élargissement ». Georges Pompidou décide ainsi de se démarquer radicalement de la politique de son illustre prédécesseur en se montrant favorable à la candidature britannique. C’est ainsi qu’à l’issue du sommet, « la communauté annonce être prête à discuter de ces adhésions [...] qui s’ouvriront […] dans un esprit positif ». Outre le Royaume-Uni, l’Irlande, le Danemark et la Norvège ont également fait acte de candidature.

Le 5 décembre, Jean Monnet, considéré comme l’un des « Pères de l’Europe », est l’invité de l’ORTF pour donner son avis sur le sommet de La Haye et les décisions prises à son issue. Saluant un « climat communautaire », Jean Monnet exprime sa confiance dans la candidature britannique et sa future intégration dans l’Europe communautaire, la jugeant comme une « nécessité ».

Une adhésion qu’il estime même salutaire pour le fonctionnement institutionnel européen : « Je crois qu’ils apporteront une stabilité à nos institutions, qui n’est pas dans le tempérament des continentaux ». Un optimisme qui, au regard de l'Histoire et d'une difficile collaboration entre le Royaume Uni et Bruxelles, se terminant par le Brexit, paraît rétrospectivement largement exagéré : 

« On dit souvent que l’Angleterre ne voudra pas déléguer de pouvoirs à des autorités européennes, c’est une erreur. L’Angleterre est le pays d’Europe qui a le plus conscience de la valeur des institutions. Le jour ou l’Angleterre sera entrée dans la Communauté, vous verrez qu’elle en sera la meilleure défenseure ».

Rédaction Ina le 29/11/2019 à 14:42. Dernière mise à jour le 29/11/2019 à 14:57.
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