Hugh Hefner décédait le 27 septembre 2017. C'est le 1er décembre 1953 qu'il lançait un journal appelé à un brillant avenir, Playboy. Plus qu'un journal, un style de vie, mêlant consommation et sexualité, était né. En 1967, un reportage s'intéressait à l'univers fantasmé et pourtant bien réel d'Hugh Hefner et de ses Bunnies...

« Pendant le jour les hommes sont vraiment gentils, ce sont des hommes d'affaire qui viennent ici pour discuter du travail, ils n'ont qu'une demie heure ou une heure pour manger, et puis ils repartent. Mais le soir c'est différent. Les hommes viennent ici pour voir les bunnies, pour les toucher, c'est la raison pour laquelle je n'aime pas venir travailler le soir »...

« Ici », c’est le Playboy Club, l’un de ces établissements à cheval entre le bar, la boîte de nuit, et occasionnellement le casino, qui fleurissent dans les villes américaines au cours des années 1960. Pour attirer les hommes d’affaires, et leurs budgets, près de 800 jeunes femmes déguisées en lapines servent dans ces clubs, aux Etats-Unis, et puis, plus tard, dans certaines villes étrangères. Un concept qui doit tout aux idées originales d'un homme d'affaires atypique... 

A l'origine de l'empire Playboy, le magazine, lancé le 1er décembre 1953

En 1967, à 41 ans, Hugh Hefner a réalisé ses rêves les plus fous. Quatorze ans plus tôt, le 1er décembre 1953, sans le sou, il lance le magazine Playboy, à Chicago, avec ce titre choc en couverture : « Playboy, divertissement pour hommes. Pour la première fois en couleurs dans la presse, les fameux nus de Marilyn Monroe ».

C’est le début de la fortune. Très vite, une déclinaison commerciale de produits à la gloire du sexe et du libertinage fait fructifier les ventes du magazine, qui deviennent vite colossales. Une obsession pour le sexe tempérée dans les pages de Playboy par certains articles de qualité écrits par les plus grands auteurs du moment (Truman Capote, Vladimir Nabokov, Ian Fleming, Roald Dahl…).

Hugh Hefner vit reclus dans son manoir, entouré d'une vingtaine de ses bunnies

En 1967, Hugh Hefner vit reclus dans son manoir de Chicago (puis à partir de 1971 à Los Angeles). Un domaine sur lequel il règne sans partage. Son style de vie est unique : « Au sous-sol, une piscine chauffée, et une cuisine, qui fonctionne 24 heures sur 24. Puisqu’il n’y a pas d’horaires dans la maison, les employés doivent pouvoir servir des repas à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et comme Hugh Hefner ne sort jamais, il a fait aménager une dizaine de chambres d’hôtel pour ses invités… ».

Dans son manoir, comme dans ses clubs, les visites sont avant tout motivées par un but : rencontrer ces jeunes et jolies bunnies, le plus souvent des playmates, élues plus jolies modèles du magazine. Dans le manoir, un étage leur est réservé. Une vingtaine de bunnies y habitent, « elles vivent d’une vie communautaire, en dortoir, comme dans un pensionnat ». Une responsable désignée par Hefner, la Bunnie Mother, veille sur ces singulières pensionnaires.

Leur vie est officiellement un conte de fées, puisque étant logées et nourries gratuitement dans un cadre idyllique, les bunnies gagnent aussi correctement leur vie lorsqu’elles servent dans les clubs.

Mais dans le monde fantasmé et pourtant bien réel du fondateur de l’empire Playboy, il existe une différence de taille entre la théorie et la pratique.

D'anciennes bunnies racontent l'envers du décor

Aujourd’hui, de nombreux témoignages d’anciennes locataires des deux manoirs de Hugh Hefner mettent la lumière sur leurs conditions de vie. Selon le journal The Independant, les jeunes femmes devaient se livrer à de nombreuses activités sexuelles, surtout à leur arrivée, afin de « tester leurs capacités », et bien entendu de satisfaire les besoins du maître de maison.

En dehors des invités personnels d'Hugh Hefner, les amis des playmates n’étaient pas autorisés à leur rendre visite. Un couvre-feu obligeait d’ailleurs ces dernières à rejoindre leur chambre à 21h00. Hugh Hefner faisait en outre régner rivalité et jalousies entre les jeunes femmes, rendant l'ambiance tendue et stressante. Lors des interviews d'Hugh Hefner, les bunnies n'avaient par exemple pas le droit à la parole...

Le vrai visage d'un système entièrement sous la coupe d'un homme qui aura su marier les fantasmes masculins avec l'esprit du capitalisme. Loin des principes progressistes qu'il aura défendus publiquement tout au long de sa vie.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 27/11/2018 à 17:25. Dernière mise à jour le 19/11/2019 à 17:51.
Economie et société