Arte consacre sa soirée aux agents secrets, avec la diffusion de deux documentaires, consacrés respectivement au KGB et à la NSA. L'agent secret, pour le grand public, c'est James Bond. Mais qu'en est-il réellement ? Rencontre avec un espion tricolore qui en a vu de toutes les couleurs, en 1967...

A voir ce monsieur d'un âge respectable pédaler tranquillement sur son vélo dans le calme d'une matinée hivernale, on aurait du mal à imaginer avoir affaire à un collègue de James Bond. Et pourtant, c'est bien un ancien agent des services secrets français que nous avons la chance de rencontrer. L'occasion rêvée de lui poser quelques questions sur la réalité d'un des métiers les plus mystérieux qui soient.

Il semble qu'un agent secret ne tue pas comme il respire, contrairement à l'image de l'espion guerrier forgée par Hollywood. Notre agent se livre. Au cours de sa carrière, il a "été obligé de tuer deux fois". Son état d'esprit au moment fatidique ? "J’étais absolument lucide, je me souvenais de tout ce qu’on m’avait appris, comment marchait cette arme, et puis ensuite comment la saisir, car elle était pointée sur moi et non sur [mon adversaire]". Tout se passe alors en une fraction de temps : "tout s’est très bien passé en une demie seconde à peu près, et cet homme qui était en train de manger, je lui ai mis une balle entre les deux yeux, et il s’est vidé sur son assiette".

A la lucidité nécessaire à l'instinct de survie succède un long moment d'absence, conséquence du choc émotionnel : "je ne sais pas ce qui est arrivé après, mais il y a un trou dans ma mémoire". Quand il reprend ses esprits, il se trouve "dans un fossé à trois ou quatre km de l’endroit" où il a abattu son ennemi, tenant son arme si fort qu'il la ressent douloureusement dans sa main.

Avec une telle expérience de la réalité du terrain et de ce que signifie réellement la mort d'un homme, on comprend aisément sa réaction à la vue des films de James Bond : "quand je vois James Bond tenir une arme un peu comme ma grand-mère tenait son tisonnier ça me fait sourire, parce que de toute évidence cet acteur n’a jamais tiré à balles avec une arme". 

En réalité, le plus souvent, un "véritable agent secret n’a pas d’arme". Mais son entraînement spécial doit lui permettre de se servir des objets du quotidien afin de neutraliser, voire de tuer son adversaire, puisqu'il "est tout à fait naturel qu’un homme ait sur lui une boîte d’allumettes, ou qu’il ait dans la poche de son veston un journal". Et avec ça, "on peut tuer"...

Rédaction Ina le 08/04/2019 à 17:04. Dernière mise à jour le 07/08/2019 à 11:21.
Economie et société