Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, naissait il y a 150 ans. Dirigeant du courant bolchevik issu du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, dès le début du XXe siècle, il conduit les Bolcheviks à la prise du pouvoir en Russie à la faveur de la révolution d’octobre 1917.

Dès lors, Lénine prend la tête de la nouvelle Russie soviétique et fonde en 1919 l’Internationale communiste afin d’exporter les idéaux de la Révolution. Diminué par la maladie, il meurt en 1924 à 53 ans.

En tant que promoteur et militant de l’idéologie communiste en Russie, Lénine a profondément bouleversé et influencé le cours du XXe siècle.

Deux témoignages exceptionnels, tirés d’une émission de radio diffusée par l’ORTF en 1967, révèlent l’homme derrière la figure historique. L’occasion de savoir qui était vraiment Lénine : comment se comportait-il avec ses interlocuteurs, comment parlait-il, discourait-il, en quelles langues ?

Charles André Julien, historien et journaliste, spécialiste de l’Afrique du Nord, qui a assisté à des débats avec Lénine et a même pu s’entretenir avec lui, raconte :

« La première impression qu’on avait, c’était que c’était un homme massif. Plutôt petit, il paraissait même plus petit qu’il n’était en réalité. Il avait des gestes à l’appui de ses idées, des gestes très marqués dont le principal était de mettre son pouce dans son gilet. Il rejetait la tête en arrière et commençait à parler d’une façon un peu embarrassée. On sentait qu’il cherchait le ton, qu’il cherchait le style, qu’il cherchait de quelle façon le contact allait s’établir pour le mieux avec son auditoire ».  

Son style oratoire semble dépourvu de toute lyrisme, « au contraire de Jean Jaurès ». Lénine semble animé par le seul objectif de « convaincre et de ruiner l’adversaire auprès de ceux qui l’écoutent ».

Lénine s’attache donc avant tout à « convaincre », plutôt qu’à « entraîner son auditoire ».

Un jugement corroboré par René Naegelen, homme politique français membre de la SFIO, pour qui le style de Lénine est purement « dialectique », ne décelant chez le leader soviétique « aucun effort pour obtenir des applaudissements […] ».

Lénine est un orateur infatigable, adepte des « discours fleuves ». Selon René Naegelen, Lénine sait discourir « pendant des heures » en « russe, puis en allemand et en anglais ».

Charles André Julien raconte s’être entretenu avec Lénine sur des sujets divers, comme Paris et Saint-Just, que Lénine admire plus que tous les autre révolutionnaires de 1789.

Un entretien mené en français, langue qu'il parle de façon très correcte, « avec une pointe d’accent, mais pas gênante du tout ».

En exposant ses arguments à son auditoire, Lénine alterne le déroulé de ses idées avec des saillies humoristiques, comme le raconte Charles André Julien : « Il coupait à tout moment son éloquence par des phrases d’humour qui portaient énormément, et des attaques impitoyables contre ceux qui ne pensaient pas comme lui et qui avaient aussi un énorme succès ».  

Il ressort de ces témoignages le portrait d'un homme ne cherchant pas à s'attirer la passion des foules, mais les électrisant par sa formidable capacité à convaincre et exposer le bien-fondé de ses idées et de ses objectifs. 

Rédaction Ina le 21/04/2020 à 15:19. Dernière mise à jour le 23/04/2020 à 16:39.
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