Prix Nobel de littérature en 2008, Jean-Marie La Clézio est à 80 ans, l'un des auteurs français les plus traduits dans le monde. Homme rare, il dénombre une quarantaine d'ouvrages parmi lesquels de nombreux succès : Le Procès-verbal, Désert, Ritournelle de la faim...

En 1963, à 23 ans, il publiait son premier roman intitulé Le procès-verbal. Reçu dans l'émission littéraire Lecture pour tous, le jeune auteur évoquait ce premier ouvrage en compagnie de Pierre Dumayet. Parmi les sujets abordés au cours de l'entretien, son personnage principal Adam, âgé de 29 ans. Jean-Marie La Clézio évoque d'abord ses rapports étranges avec les animaux. Sa manière de se mettre dans la peau des animaux qu'il observe au zoo. A l'image de cette lionne qu'il se prend à désirer, ou d'un rat qu'il ne rêve que de détruire.... Son extrême sensualité "qui lui fait perdre son autonomie et le fait vivre par les sens". Il explique pourquoi il a peur des papillons de nuit "entre répulsion et attirance".

"Psychologiquement parlant, il est faible et a besoin d'un mouvement pour se mettre en marche... et le mouvement d'un chien l'attire, il le suit comme si il y avait une laisse qui le reliait à ce chien".

"Ses sensations sont multiples comme celles que pourrait ressentir une tête de mouche... à la fois le nombreux et l'unique."

leclezio

L'écrivain souligne ensuite les points communs et les différences entre lui-même et son personnage.

"J'estime avoir mis une part de moi-même dans ce personnage". 

Pierre Dumayet lui fait remarquer qu'il n'a pas le même comportement qu'Adam, ce à quoi Le Clézio répond avec un sourire ambigu : "Peut-être en apparence seulement (...) je suis allé dans des zoos. Je n'ai peut-être pas suivi de chien mais il m'est arrivé, vis-à-vis des objets, d'avoir cette même sensation de vide et cette aspiration à me confondre avec la matière."

Pierre Dumayet l'interroge : "Qu'est-qui vous retient d'être comme Adam ?", le jeune homme souriant répond : "peut-être une certaine culture, des études, qui finalement, modèlent l'esprit à tout jamais. On ne peut pas échapper à un certain mode de pensée lorsqu'on a commencé à le prendre. Mouvement de pensée qui accepte les syllogismes, qui accepte certaines situations qui ne signifient rien, simplement parce qu'elles existent."

Jean-Marie La Clézio évoque ensuite le choix du prénom de son héros, Adam, "J'en viens à me demander s'il y avait vraiment un hasard. Ce sont des noms qu'on a comme ça, comme un mythe dans la tête et qui ne sortent que pour de bonnes raisons (...) Etant donné que je vis au XXe siècle, je ne crois pas que je puisse produire autre chose qu'un homme actuel. Je ne sais pas s'il représente beaucoup de monde mais j'espère qu'un certain nombre de gens pourront ressentir un certain nombre de sensations identiques, pourront s'intégrer dans le corps de ce personnage étrange en apparence".

Pour aller plus loin

A2 Le Journal 20H : sortie du roman "Onitsha" de Jean-Marie Gustave Le Clezio. Interview de l'auteur à Nice. (23 mai 1991)

Apostrophes : Bernard Pivot et Jean-Marie Le Clézio. Bernard Pivot présente l'auteur qui fuit les médias. L'écrivain évoque son nom et explique qu'il ne faut pas trop parler car on ne contrôle pas les mots à la différence de l'écriture. Il ajoute qu'on est nouveau chaque fois qu'on écrit un nouveau livre...(19 septembre 1980)

20 heures le journal : nouveau roman "Ourania" de Jean-Marie Le Clézio. Rencontre avec l'écrivain qui vit aux Etats-Unis, à Albuquerque. "Je suis un survivant..."(16 mars 2006)

20 heures : Le Clézio, Prix Nobel de littérature. David Pujadas s'entretient en duplex avec Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008. Cette récompense confère une certaine légitimité internationale à l'auteur. Il est ensuite interrogé sur la crise financière qui frappe actuellement le monde entier. Il évoque le livre "la Dictature du chagrin" de Stig Dagerman. (09 octobre 2008)

D'autres contenus (audio et vidéo) sur Jean-Marie-Gustave Le Clézio.

Rédaction Ina le 12/04/2010 à 09:44. Dernière mise à jour le 10/04/2020 à 16:32.
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