Le 26 août 1978 s'éteignait à Phoenix dans l'Arizona, le plus français des acteurs américains. Et pour cause... Acteur hollywoodien, Charles Boyer n'avait pourtant rien d'Américain puisqu'il était né en France, à Figeac, dans le Lot, le 28 août 1897. Trente ans après son départ de France, en 1960, le "French lover" hollywoodien revenait dans sa patrie pour tourner un remake de Fanny de Marcel Pagnol. Les médias étaient présents pour le retour de l'enfant prodigue.

Naturalisé américain en 1942, l'acteur n'avait pas oublié ses origines du Sud de la France et il n'est pas étonnant qu'il ait accepté de tourner un remake en langue anglaise de la célèbre trilogie de Marcel Pagnol.

"You break my heart"

Le voilà donc qui débarque, début mai 1960, dans le port de Marseille. Cette célébrité locale, dont un léger accent américain pointe désormais derrière les mots français, est accueilli comme une super star et évoque ses dernières vacances en France, l'année précédente, puis la cérémonie d'accueil du général de Gaulle à New York à laquelle il a eu l'honneur d'assister : "C'est vraiment la réception la plus extraordinaire qui ait été accordée à un chef d'Etat."

Mais Charles Boyer est là pour tourner un remake de Fanny de Marcel Pagnol. Les extérieurs du film seront réalisés à Marseille et les intérieurs aux studios de Boulogne. A la question de savoir si l'intégrité de l'œuvre de Pagnol sera respectée en anglais, il répond : "Oui sûrement […]  Le Français trouvera toujours que quelque chose est perdu de l'humour, de l'esprit, de la saveur du dialogue de Pagnol dans son accent marseillais mais […] ce qui est essentiel c'est de retenir l'esprit de l'œuvre et surtout que les personnages ne parlent pas avec l'accent américain. C'est pourquoi, mon vieil ami Josh Logan a choisi pour presque tous les rôles des acteurs qui parlent américain avec un accent français. Pour la célèbre tirade "Tu me fends le coeur", ce sera "You break my heart", avec l'accent français, ça aura l'air marseillais."

Le lendemain, l'équipe du film arrive à la gare Saint Lazare à Paris. Le micro de Tommy Franklin, journaliste à France Inter, traîne sur le quai. Par la fenêtre du train, le reporter recueille les premiers mots de Charles Boyer qui avoue sa joie d'être de retour à Paris pour tourner cette adaptation où il jouera César. Puis c'est au tour de Joshua Logan, le metteur en scène, de s'exprimer en français sur ce projet d'adaptation de la trilogie en un seul film. Elsa Maxwell, chroniqueuse américaine donne elle aussi son opinion sur la transposition de la trilogie pour les Américains : "Le spectacle Fanny a eu un succès fou à New York, ça devrait être pareil pour cette version."

De retour en plateau à la fin du sujet, la journaliste Monique Berger doute de la transposition de l'accent marseillais en anglais... (Audio)

Quelques jours plus tard, le vieux port de Marseille accueille le tournage. Le bar de la marine a été entièrement reconstitué. Les images montrent l'équipe en plein travail.

tournage-fanny-512

Charles Boyer et Maurice Chevalier sur le tournage.

On aperçoit le réalisateur Joshua Logan, Charles Boyer qui interprète César, Maurice Chevalier est Panisse et Leslie Caron, Fanny. Escartefigue est Italien et Monsieur Panisse anglais ! Une réception vient d'être organisée à l'hôtel Noailles avec Jacqueline et Marcel Pagnol, qui est conseiller technique sur le film.

Un Frenchy à Hollywood

Après avoir suivi des études de philosophie à la Sorbonne, le jeune Charles Boyer intègre le Conservatoire d'art dramatique de Paris. Une fois a formation achevée, il est embauché au théâtre des Champs Elysées pour une durée de cinq ans. Il se fait remarquer, notamment dans les pièces La Dolorès, Le Venin ou Le Secret.

Mais c'est le cinéma qui l'attire et surtout le cinéma parlant, en vogue aux USA. Il s'envole pour Hollywood au début des années 30. Les studios américains font appel à lui comme doublure pour leurs films distribués en France. Il travaillera de nombreuses années ainsi avant d'acquérir un véritable statut d'acteur. En 1934, il épouse Pat Petterson avec qui il vivra le reste de sa vie (44 ans) et aura un fils. En 1948, il évoque la vie à Hollywood. (Audio)

Charles Boyer va jouer avec les plus grandes comédiennes de l'époque : Marlène Dietrich, Greta Garbo, ou encore Claudette Colbert. Brun ténébreux, il s'impose comme la représentation parfaite du charmeur à la française auprès du public d'Outre-Atlantique. Malgré plusieurs nominations pour l'Oscar du Meilleur Acteur (pour Marie Walewska en 1937, Casbah en 1937, Hantise en 1945 et Fanny en 1961), il ne décrochera jamais de statuette dans cette catégorie. Il reçoit toutefois la Médaille de Chevalier de la Légion d'Honneur en 1948.

Charles Boyer continue de mener de front des activités cinématographiques, théâtrales et même télévisuelles, tant outre-Atlantique que sur le vieux continent. Il joue notamment aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans Paris brûle-t-il ?  de René Clément, et de David Niven et Orson Welles dans Casino Royale de John Huston. En 1964, il est vice-président du jury de la dix-septième édition du Festival de Cannes.

À la fin des années soixante, Charles Boyer ralentit son rythme de travail. Il tourne une dernière fois avec Jean-Paul Belmondo dans L'affaire Stavisky d'Alain Resnais en 1973, puis il disparaît de la scène publique.

Le 26 août 1978, à Phoenix (Arizona), il met fin à ses jours à l’âge de quatre-vingt-un ans, deux jours seulement après le décès de sa femme, emportée par un cancer.

Pour aller plus loin

Rendez-vous à Cinq heures : Charles Boyer reçoit ses amis chez Maxim's (Audio, interview de 1953)

Hommage à Charles Boyer qui vient de disparaître (Journal de 20H00, 27 août 1978) 

Après son décès, hommage de Marcel L'Herbier (par téléphone) qui le fit débuter et de Charles Ford, historien français du cinéma, en studio, qui revient sur sa carrière en France et à Hollywood (Audio. Journal de France Inter, 27 août 1978) 

Après son décès, hommage de l'acteur américain Robert Stark (en français) évoque Charles Boyer qu'il a connu aux Universal Studios. (audio Journal de France Inter, 27 août 1978) 

Après son décès, hommage d'Henri Verneuil (audio Journal de France Inter, 27 août 1978) 

Florence Dartois

Rédaction Ina le 21/08/2018 à 16:25. Dernière mise à jour le 12/04/2019 à 15:05.
Art et Culture Cinéma