Personne n'a su aussi bien qu'elle ausculter les artistes, les pousser dans leurs retranchements : plus de 50 ans après les débuts de son émission "Discorama", retrouvez Denise Glaser, reine de l'interview "à l'ancienne", face à quelques-uns de ses invités.

En toute confidence…

En juillet 2008, le chanteur Georges Moustaki se souvient : « Un après-midi de février 1969, je me rendis à la télévision « subir » une interview pour promouvoir un petit quarante-cinq tours que je venais d'enregistrer. L'émission s'appelait Discorama et l'animatrice Denise Glaser. Elle avait la réputation de poser des questions insolites dans un décor minimaliste (deux chaises, deux micros) et de ne pas craindre de faire de longues pauses silencieuses au cours de l'entretien. » Une simplicité poussée à l'extrême, des révélations et des confidences, une animatrice emblématique, des célébrités : telle est la recette du succès de Discorama. Créée en 1959, l'émission aborde toute l'actualité du disque sous la forme d'un dialogue intimiste avec les invités. Avec l'arrivée de Raoul Sangla à la réalisation, le non-décor, où apparaissent sans dissimulation caméras, câbles et escabeaux, invite à se livrer sans apparat. Entre deux chansons, Denise Glaser mène ses interviews de main de maître. Elle sait manier le silence mieux que personne et parvient à faire se dévoiler autrement tous les artistes, y compris les plus réservés.

Connus ou inconnus

En plein boom de l'industrie du disque, Discorama est aussi capable d'aborder toutes les musiques avec la même passion. L'émission s'intéresse autant aux grandes vedettes qu'aux débutants. Concerts, music-halls, cabarets : Denise Glaser consacre beaucoup de temps à la découverte de nouveaux talents. Elle a ainsi considérablement aidé Barbara, Catherine Lara, Maxime Le Forestier, Michel Sardou.… Et elle a reçu les plus grandes stars comme Jeanne Moreau, Serge Gainsbourg, Jacques Higelin, Johnny Hallyday, Jacques Brel... Durant seize années, l'intervieweuse de charme ouvre la culture musicale au monde de la télévision, et vice versa.

Pas de happy end

Mais en mai 1968, Denise Glaser manifeste contre le parti gaulliste. Par trois fois, elle est interdite d'antenne par le ministre de l'Information de l'époque, pour ses idées trop à gauche. En 1974, Valéry Giscard d'Estaing, élu président de la République, divise l'ORTF en différentes sociétés et c'est le début pour elle d'une longue période noire. Elle se trouve privée définitivement d'antenne : la dernière de Discorama est diffusée le 6 janvier 1975.

Du jour au lendemain, Denise Glaser se retrouve au chômage et vit de petits boulots pour boucler des fins de mois difficiles. Délaissée de tous, y compris des artistes qu'elle programmait dans son émission, elle se retire dans son appartement de la rue du Pot-de-Fer, à Paris, pour s'éteindre le 7 juin 1983 à l'âge de 63 ans. Seules auraient été présentes à ses obsèques Catherine Lara et Barbara.

Denise Glaser laissera derrière elle plus de 350 heures d'enregistrement.

Rédaction Ina le 31/01/2009 à 00:00. Dernière mise à jour le 08/02/2019 à 12:14.
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