Les prémisses de notre système de retraite par répartition remontent à 1941. Dans le contexte d'urgence de l'Occupation, le régime de Vichy puise dans les caisses de retraite pour soulager les difficultés sociales des plus âgés, jetant ainsi les bases du système par répartition qui sera institutionnalisé à la Libération.

Alors que le mouvement social contre la réforme des retraites est le plus long que la France ait connu depuis mai 68, une nouvelle journée de manifestation est prévue ce jeudi à l’appel de l’intersyndicale CGT-FO-Solidaires-CFE-CGC-FSU, qui demande le retrait du projet porté par le gouvernement et présenté par le Premier ministre le 11 décembre dernier. 

La défense du système actuel de retraite par répartition est au cœur des revendications des syndicats, qui accusent le gouvernement d’organiser le développement dans le futur d’un système par capitalisation complémentaire.

La retraite par répartition est souvent présentée comme étant issue des ordonnances de 1945 prises à la Libération par le gouvernement du général de Gaulle, d’après le programme du CNR. En réalité, les prémisses de ce système sont mis en place par le régime de Vichy, en remplacement d’un financement des pensions jusqu’alors opérées par capitalisation.

Le 14 mars 1941, alors que la France est occupée et que le maréchal Pétain a fait le choix de la collaboration, ce dernier explique dans une allocution radio la mise en place de ce qu’il présente comme la « retraite des vieux ». Pour alléger les dures conditions de vie de nombreuses personnes âgées, le gouvernement vichyste décide en effet de puiser dans les réserves des caisses de retraites des travailleurs, abondées par la capitalisation antérieure à la guerre : « Pour ceux qui ne possèdent rien, la modeste pension sera d’un grand soulagement, pour ceux qui disposent déjà de quelques ressources, elle constituera le supplément qui les mettra à l’abri de la misère ».

« La démarche de Pétain est extrêmement habile », contextualise, pour l’Ina, l’historien Michel Pigenet, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste reconnu de l’histoire du travail. « Il reprend à son compte une revendication de la gauche, thème que l’on retrouvera dans le discours prononcé le 1er mai 1941, à Saint-Etienne : "Je tiens les promesses, même celles des autres".» « Il y avait eu une campagne, lancée en 1937, par le Parti communiste, sur la "retraite des vieux", poursuit l'historien, mais que la pause des réformes sociales, décidée par le Front populaire au profit du budget militaire, n’avait permis de déboucher.» 

Une réforme que le maréchal présente sous le signe de la solidarité entre générations : « La retraite des vieux travailleurs repose sur la solidarité de la nation. Solidarité des classes, solidarité des âges. Solidarité des classes, puisque les pensions sont constituées par les versement des assurances sociales, et que ces versements proviennent à la fois des patrons et des ouvriers. Solidarité des âges, puisque ce sont les jeunes générations qui cotisent pour les vieilles ». 

Mais cette réforme ne concernera qu'une partie des retraités, « les assurés sociaux obligatoires de l'industrie et du commerce », comme l'indique la loi du 14 mars 1941. Le régime général de retraite « continue de reposer sur la capitalisation et le restera jusqu'en 1945 », poursuit Michel Pigenet.                  

A la Libération, le gouvernement du général de Gaulle va pérenniser le système des retraites par répartition en créant la Sécurité sociale. La retraite est l'un des quatre piliers de ce système de solidarité, aux côtés des branches santé, famille et recouvrement.

 

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 08/01/2020 à 16:24. Dernière mise à jour le 10/03/2020 à 16:19.
Economie et société