Ce 10 mars 1906, 1800 mineurs travaillent dans la mine de charbon de Courrières. Même si le bilan est de 1099 morts, certains estiment plus vraisemblable le chiffre de 1200 mineurs décédés. Parmi eux, des enfants entre 13 et 18 ans.

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Illustration de la catastrophe de Courrières en 1906

"Les cris, les pleurs. On commençait déjà à remonter les morts."

Quelques jours avant la catastrophe, une présence de gaz avait été signalée par les mineurs mais la compagnie n’avait pas tenu compte des avertissements. Le 10 mars 1906, une nappe de grisou (gaz) explose dans le chantier Lecoeuvre. Une flamme parcourt alors les 110 kilomètres de galeries souterraines en quelques minutes. Ce phénomène a un nom : un coup de poussière.

Ironie du sort : la compagnie minière avait réalisé d’importants travaux afin de connecter ses différents puits et ainsi permettre aux mineurs d’évacuer plus rapidement en cas d’incident. Ces travaux renforcèrent l’explosion et entraînèrent la propagation de l’incendie.

Des familles entières furent décimées. En 1978, madame Colcanap, fille de mineur mort dans la tragédie témoigne : "On se demandait ce qu’il se passait. Et puis après on a su. Ma mère est allée reconnaître le corps de papa. Il n’était pas abîmé. On l’avait retrouvé asphyxié au fond de la mine."

Très vite, l’affaire est médiatisée et les secours s’organisent. Quelques années avant le début de la grande guerre, les secours font preuve d’une solidarité remarquable. Alors que le contexte franco-allemand est tendu, des sauveteurs de la Ruhr allemande interviennent avec du matériel sophistiqué.

Mais le sauvetage des rescapés ne se déroule pas comme prévu. Plusieurs mineurs ayant encore leurs proches dans les mines s’aventurent dans les profondeurs souterraines. Les opérations de sauvetage feront 16 autres victimes…

En 1963, Louis Danglot, un des rescapés de la catastrophe, livre un témoignage rare et poignant à la radio. Âgé de 18 ans aux moments des faits, il témoigne : "Vers 7h30, j’ai entendu une détonation que j’aurai toujours dans l’oreille. On aurait dit un coup de tonnerre très prolongé. Tout de suite, je me suis dis que c’était le feu". Et de rajouter : "J’avais deux frères dans la mine. Un est mort après être remonté à la surface. Il n’avait plus de peau car il avait séjourné dans l’eau. L’autre a survécu et est remonté le 30 mars. Il a survécu en mangeant des écorces de bois."

Quelques jours après la catastrophe, la colère et la tension montent dans le bassin minier.

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La Une de l'Echo du Nord du 23 mars 1906

"Les revendications débouchent sur la violence"

La compagnie minière va brader les recherches et les opérations de secours dans le seul et unique but de relancer l’exploitation minière le plus rapidement possible. L’ingénieur en chef des mines va même jusqu’à interrompre les recherches seulement trois jours après la catastrophe. C’en est trop pour le bassin minier qui se révolte !

Des manifestations éclatent un peu partout. Indignés par le comportement de la compagnie minière, 50 000 "gueules noires" font grève. Les grévistes en profitent pour revendiquer un salaire plus élevé ainsi qu’une sécurité renforcée. En 1978, l’écrivain spécialisé en histoire Arthur Conte précisait : "C’est la catastrophe de courrières qui vient rappeler qu’outre un combat de salaire et de dignité, il y a aussi un combat de sécurité pour les ouvriers."

En 1906, Georges Clémenceau, alors tout nouveau ministre de l’intérieur sous la présidence d’Armand Fallières, tente vainement de raisonner les mineurs. La négociation tourne au fiasco. Il enverra même la cavalerie. Une armée de 20 000 hommes affronte les manifestants. Le bilan sera d’une victime, un officier de l’armée.

Ces actes ont valu à Georges Clemenceau d’être surnommé "Le briseur de grève".

Mais au cours de ces événements, un coup de théâtre survient. Le 30 mars 1906, 13 rescapés remontent de la mine…

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Le rescapé Anselme Pruvost avec son père Charles

"Ils ont cheminé pendant tout ce temps d’un puits bloqué à un éboulis, écrasés de fatigue, mourants de soif et de faim. Et ils sont là. C’est incroyable."

Vingt jours après la catastrophe, treize rescapés ressortent des profondeurs de la terre à Billy Montigny. Ils ont erré durant des jours dans le noir complet, se nourrissant grâce aux provisions trouvées sur les cadavres. Des chevaux sont aussi tués puis mangés.

Anselme Pruvost, 15 ans en 1906, fait partie des rescapés. Marcel Pruvost, fils d’Anselme, raconte le moment des retrouvailles entre son père et sa grand-mère : "Je me souviens d’une anecdote. Ma grand-mère s’est frayée un chemin très facilement. On aurait dit que tout le monde savait que son fils faisait parti des rescapés."

Honoré Couplet était le dernier survivant des rescapés. Âgé de 20 ans à l’époque, il est décédé en 1977 à 91 ans.

Le 4 avril, il y eut un 14ème survivant : Auguste Berthou. Retrouvé par les secouristes allemands, il a erré pendant 24 jours à 300 mètres de profondeur.

La catastrophe de Courrières reste la deuxième plus importante tragédie minière de l’histoire. En 1942, une explosion dans une mine de charbon à Benxi en Chine fit 1549 morts.

Rédaction Ina le 23/03/2018 à 11:50. Dernière mise à jour le 30/03/2018 à 09:04.
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