Jean-Paul Sartre, décédé le 15 avril 1975 à l'âge de 74 ans, était provisoirement inhumé le 19 avril au cimetière du Montparnasse, avant d'être incinéré. Ce jour-là, des dizaines de milliers de Parisiens sortaient spontanément, en silence, pour suivre le convoi funéraire à travers le 14e arrondissement, depuis l'hôpital Broussais jusqu'au cimetière du Montparnasse.

Parmi la foule des anonymes, on trouvait sa compagne Simone de Beauvoir, ses amis François Périer, Delphine Seyrig, Yves Montand, Simone Signoret, Mouloudji, Léo Ferré. Selon les volontés de l'écrivain, on ne trouvait aucun représentant officiel de l'Etat ou des institutions, les seuls hommes politiques à être présents, comme Michel Rocard, ne représentaient qu'eux-mêmes. 

Son convoi était décoré des gerbes de fleurs offertes par ses collaborateurs, Libération, Gallimard, Les Temps modernes, Un bateau pour le Vietnam et l'Amicale des Algériens en Europe

En introduisant le reportage d'Alain Gillot Pétré, le présentateur Léon Zitrone notait un "fort pourcentage de jeunes, [...] témoignage de l'impact de l'oeuvre du grand écrivain sur la jeunesse". 

Puis Alain Gillot Pétré commentait les images en ces termes : 

"La dernière marche de Sartre, la marche pour Sartre, commence. Solitaire cet homme là ? Allons donc, tantôt un fleuve a traversé Paris de part en part, à pas d’hommes, le pas de milliers d’hommes pour un homme qu’ils ont aimé, pour un homme qu’ils ont suivi, qu’ils suivent ici pour la dernière fois. Concernant un écrivain, il faut remonter aux obsèques de Victor Hugo en 1885 pour avoir une idée de ce qui s’est passé à Paris cet après-midi. Sans aucun service d’ordre la foule silencieuse et recueillie s’est emparée de la rue, créant de monstrueux embouteillages. Paris était à Sartre. Plus le cortège progressait dans le 14e arrondissement, plus le monde affluait, les trottoirs se remplissaient, le défilé digéreant au passage la masse compacte de nouveaux arrivants et ceux qui avaient donné rendez-vous à Sartre au long de son dernier voyage. 10 000 à Broussais, 50 000 à l’arrivée, au moins. Une majorité de jeunes, mais toutes les générations sartriennes étaient là. L’arrivée d’une telle marée au cimetière devait provoquer une inévitable bousculade. On dénombra plusieurs blessés, étouffés dans la houle humaine. Mais la spontanéité de l’hommage rendu à Sartre, sa simplicité, cette curieuse atmosphère de liberté efface toute considération"

Rédaction Ina le 16/04/2020 à 12:05. Dernière mise à jour le 16/04/2020 à 14:27.
Art et Culture