Le 17 juillet 1979, Simone Veil devenait présidente de l'Assemblée européenne. Le lendemain, elle prononçait son premier discours officiel et lançait un appel à la solidarité, la paix, la liberté et le bien-être.

Cette retransmission nous transporte au moment des résultats du vote qui allait porter Simone Veil à la tête du Parlement européen après avoir obtenu la majorité absolue avec 192 voix sur les 377 suffrages exprimés. (404 votants, 400 bulletins et 23 blancs ou nuls, majorité absolue de 189 voix)

Après avoir été ovationnée, elle prend place au fauteuil présidentiel pour prononcer une première allocution devant ses pairs. Mais c'est le lendemain qu'elle va déclamer son discours officiel d'investiture.

"Mes chers Collègues, Mesdames, Messieurs, c’est un très grand honneur que vous m’avez fait en m’appelant à la présidence du Parlement européen. Aussi l’émotion qui est la mienne en prenant place à ce fauteuil est-elle plus profonde que je ne saurais l’exprimer. Avant toute autre chose, je souhaite remercier toutes celles et tous ceux d’entre vous qui ont porté leur suffrage sur mon nom. Je m’efforcerai d’être le président conforme à leur voeu. Je m’efforcerai aussi, conformément à l’esprit de la démocratie, d’être le président de toute l’Assemblée."

Simone Veil, élue présidente de l'Assemblée, prononce un discours qui met l'accent sur le rôle moteur du Parlement dans la poursuite de la construction européenne.

Ses premiers mots dans ce discours sont pour remercier Louise Weiss et rappeler son combat pour les femmes : "J’ai exprimé hier soir la gratitude que nous devons avoir à l’égard de Louise Weiss, qui a si bien guidé nos premiers pas. Vous me permettrez d’y revenir d’un mot, sans vous formaliser que je cite la part éminente qu’elle a prise dans toutes les luttes menées pour l’émancipation de la femme."

Ses remerciements s'adressent aussi au président Emilio Colombo, son prédécesseur. Simone Veil rappelle ensuite les missions et l'influence croissante du Parlement européen et l'importance du suffrage universel dans l'élection du Parlement.

"Quelle que soit l’innovation profonde que représente son élection au suffrage universel direct, notre Assemblée est d’abord l’héritière des Assemblées parlementaires qui l’ont précédée…"

Trois défis sont à relever pour tous les Etats de la communauté, la paix, la liberté et le bien-être. Elle décline ces défis et en explique les enjeux : "Le défi de la paix, tout d’abord. Dans un monde où l’équilibre des forces a permis, jusqu’à présent, d’éviter le cataclysme suicidaire de conflits armés entre les superpuissances, on a vu se multiplier en revanche les affrontements locaux. La situation de paix qui a prévalu en Europe constitue un bien exceptionnel, mais aucun de nous ne saurait sous-estimer sa fragilité."

Elle souhaite travailler dans trois directions : l'Europe de la solidarité, de l'indépendance et de la coopération.

"Le second défi fondamental, c’est celui de la liberté. Sur la carte du monde, les frontières du totalitarisme se sont étendues si largement que les îlots de la liberté sont cernés par ces régimes où règne la force. Notre Europe est l’un de ces îlots, et il faut se réjouir qu’au groupe des pays de liberté qui la composent soient venus se joindre la Grèce, l’Espagne et le Portugal, aux vocations aussi anciennes que les nôtres. La Communauté sera heureuse de les accueillir. "

"Il faudra aussi adapter la politique mise en oeuvre pour corriger la situation des régions traditionnellement déprimées, ainsi que celle des régions considérées encore récemment comme fortes et prospères, mais aujourd’hui frappées par des sinistres économiques. Enfin, et surtout, c’est entre les hommes que les efforts de solidarité doivent être développés. En dépit des progrès réels et remarquables acquis dans ce domaine au cours des dernières décennies, il reste, sur ce point, beaucoup à faire. Mais, à une époque où, sans nul doute, il sera demandé à tous les citoyens d’accepter que le niveau de vie cesse de progresser ou progresse moins, d'accepter un contrôle dans la croissance des dépenses sociales, les sacrifices nécessaires ne seront acceptés qu’au prix d’une authentique réduction des inégalités sociales."

"Notre Europe doit être également l’Europe de l’indépendance. Non qu’il lui faille affirmer une indépendance agressive et conflictuelle, mais parce qu’il est essentiel qu’elle puisse déterminer les conditions de son développement de manière autonome."

Simone Veil aborde également  les questions économiques et notamment les questions de l'emploi, de l'énergie, de la dépendance des pays producteurs de pétrole et de la monnaie. Il faut amplifier les efforts relatifs aux énergies nouvelles.

Elle rappelle enfin l'importance des questions de budget et de la contribution du Parlement aux décisions législatives de la communauté. Elle termine son discours en évoquant les divisions qui doivent être dépassées et donner jour à un élan de solidarité.

"Comme il est naturel et normal dans une assemblée démocratique telle que la nôtre, nous divergeons par les programmes que nous souhaitons mettre en oeuvre, par les idées que nous voulons défendre et même quant à notre propre rôle. Gardons-nous cependant du travers qui nous conduirait à faire de notre Assemblée le forum des divisions et des rivalités. Trop souvent déjà, les Communautés européennes donnent à nos opinions publiques l’image d’institutions bloquées, incapables de parvenir dans les délais nécessaires à des décisions. Notre Parlement aura pleinement satisfait les espoirs qu’il a fait naître si, loin d’être le lieu de résonance des divisions internes de l’Europe, il parvient à exprimer et à faire percevoir par la Communauté l’élan de solidarité si nécessaire aujourd’hui."

Et de conclure : 

"Puissions-nous ainsi, au terme de notre mandat, éprouver le sentiment d’avoir fait progresser l’Europe. Puissions-nous surtout avoir pleinement répondu à l’espérance que suscite cette Assemblée, non seulement chez les Européens, mais parmi tous ceux qui, dans le monde, sont attachés à la paix et à la liberté."

Pour aller plus loin

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Le 18 juillet 1979, lors de premier discours de présidente du Parlement européen, élue la veille au suffrage universel direct.

 

Intégralité de la retranscription du discours

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Florence Dartois

Rédaction Ina le 15/07/2019 à 12:31. Dernière mise à jour le 15/07/2019 à 14:01.
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