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Jean-Pierre Mader : «Un gros succès populaire, c'est du travail, un peu de talent et 80% de chance»

Jean-Pierre Mader : «Un gros succès populaire, c'est du travail, un peu de talent et 80% de chance»

Dans le cadre d’un Mardi de l’INA de Toulouse, l’Institut offre une carte blanche au chanteur Jean‐Pierre Mader. Auteur dans les années 80 du célèbre tube «Macumba», il revient pour nous sur son succès, sa vision du métier, sa traversée du désert et son retour sur le devant de la scène avec «Stars 80». Interview d’un musicien passionné.

Propos recueillis par Benoît Dusanter - Publié le 13.01.2023

Jean-Pierre Mader, musicien, producteur et icône pop française des années 80. Crédits : Michel Lerroy.

Macumba, Disparue, Outsider dans son cœur, Jalousie... Ces tubes inoubliables de Jean‐Pierre Mader ont fait danser la France entière depuis les années 80. Après ce succès fulgurant, l’homme s’est fait discret et s’est tourné vers la production. Il est revenu sur le devant de la scène à la fin des années 2000 avec la tournée «Stars 80».

Le 17 janvier, il est l’invité d’un Mardi de l’INA de Toulouse pour évoquer sa carrière, dans sa ville natale.

INA - D’où vous vient cette passion pour la musique ?

Jean-Pierre Mader - Je n’étais pas fait pour être musicien. Je pense que tout a commencé avec l’électrophone que ma mère m’a offert en 1968 avec le 45 tours « Hey Jude » des Beatles. J’avais 13 ans et là tout d’un coup : whaou ! Je suis totalement fasciné. Je rentre dans une dimension pop qui me happe complètement. Cette vie rêvée, ces gens de l’ombre aux cheveux longs qui roulaient en Austin Martins. Tout l’univers de la pop culture et du psychédélisme m’emporte. Et donc avec une bande d’amis on se rêve à Londres faisant partie des Beatles, des Rolling Stones, de King Crimson. Ces gens étaient des modèles. Nous lisions les magazines Melody Maker et New Musical Express. Nous écumions les magasins d’import de disques à Toulouse pour découvrir tout ce qui sortait. En puis 1969, je monte à Paris voir mon premier concert. C’était les Moody Blues salle Pleyel. Puis j’ai vu Pink Floyd à la Halle aux grains à Toulouse. Et c’était parti.

INA - Comment passe-t-on de fan à musicien ?

Jean-Pierre Mader - J’étais fan de Paul McCartney. J’ai accepté un travail d’été où je ramassais des abricots près de Perpignan pour pouvoir me payer ma première guitare basse, une petite imitation japonaise. J’ai commencé à prendre des cours et à jouer avec les copains. Cela m’a amené à jouer dans des groupes, à animer des bals et vivre de la musique. J’ai ainsi joué avec Francis Cabrel dans un groupe baptisé « Les Gaulois ». Nous jouions tout ce qui passait à la radio : de Michel Sardou au Sex Pistols. Cela m’a permis de me faire une culture et d’appréhender pleins de styles différents. Il y a eu le boom du disco aussi. Je pense que la musique est un arbre avec pleins de branches et qu’il faut comprendre ce qu'il y a sur les branches.

INA - Arrive les années 80, les synthétiseurs et une nouvelle manière de faire la musique…

Jean-Pierre Mader - J’ai tout de suite compris le potentiel des machines et des synthétiseurs. Alors je me suis plongé dedans. Je me souviens d’un concert de Kraftwerk pour la tournée « Computer World ». J’étais musicien au studio Condorcet à Toulouse et cela a influencé mon jeu de basse. Je cherchais mon identité, je forgeai mon style. Je fais un premier album en 1982 qui n’a pas marché mais qui me donne un souffle. J’achète la célèbre boîte à rythme TR 808 de Roland et le synthétiseur JX3P et là je vais redéfinir une esthétique musicale. Je composais à partir des boîtes à rythmes et je cherchais les accords ensuite. C’était l’anti guitare/voix. C’était l’anti Brassens. C’est grâce à ces machines que j’ai pu composer Disparue.

Jean Pierre Mader "Disparue"
1984 - 03:57 - vidéo

INA - Comment arrive le succès ?

Jean-Pierre Mader - Le succès arrive grâce aux clubs. Je signe sur le label Flarenasch qui avait le vent en poupe avec toute la vague italienne disco. Il y avait Rose Laurens avec Africa et Coup de folie de Thierry Pastor. J’enregistre le maxi de Disparue. Au bout de trois mois, je suis numéro un des clubs. Et tout d’un coup, il y a quelque chose qui se passe. J’entends un jour un peintre dans la rue qui chante Disparue. Je me dis : « Ça y est ! Là je tiens quelque chose de fort et de populaire ». Pourtant, le thème de la chanson fait écho à la dictature militaire en Argentine. Le 45 tours sort sur toutes les radios et devient un gros succès de 1984 avec 45 000 disques vendus.

INA - Comment vit-on une mise en lumière aussi fulgurante ?

Jean-Pierre Mader - C’est vertigineux. C’est dur. On laisse quelque chose au placard. Tout à coup, ma vie a changé en bien et en mal. On perd quelque chose. On ne peut pas tout avoir et ne rien perdre. J’ai divorcé quelques temps plus tard. Il y a une espèce de naïveté. Macumba arrive par la suite, le succès devient encore plus gros. Beaucoup d’argent arrive. On achète une maison, une belle voiture. On parle de vous comme quelqu’un qui compte. Quand on est fils d’ouvrier, on est tellement flatté d’avoir une réponse populaire et une vraie sérénité financière. C’est lumineux, c’est la fête. J’ai beaucoup plongé là-dedans. Mais on perd un peu de son âme. Je crois que je m’en suis humainement bien sorti et que j’ai beaucoup appris aussi après de mes échecs.

INA - Justement, après le succès vient une période de « purgatoire ».

Jean-Pierre Mader - J’ai senti que le vent tournait. Pour l’anecdote, je me souviens d’un jour à la sortie du studio, deux jolies filles étaient là. Je pensais que c’était pour moi. En réalité elles attendaient MC Solaar. Il enregistrait « Bouge de là » (rires). Je l’ai un peu pris pour moi ! Nous étions au début des années 90. La mode changeait. Le rap arrivait. Mais je suis resté bosseur et j’ai commencé à travailler dans l’ombre en devenant producteur. J’ai eu la chance de réaliser l’album de la star allemande Ute Lemper. Et du coup pendant 10 ans le téléphone a résonné. Philippe Léotard, Serge Reggiani, Michel Fugain, j’ai produit une vingtaine d’albums au total.

INA - Par la suite, comment avez-vous intégré l’équipe de «Stars 80» ?

Jean-Pierre Mader - Au début, j’étais assez sceptique. Je ne pensais pas que ça allait être ce rouleau compresseur qui remplit le Stade de France. C’est ma compagne qui m’a dit : « Vas-y, ta fille te verra chanter ». Depuis 13 ans, nous faisons 80 dates par an et nous sommes à 6 millions de spectateurs. Tout d’un coup mes chansons que je croyais has-been se retrouvent dans toutes les playlists festives. Il y a aussi Jean-Pierre Mader le compositeur et l’éditeur qui voit ses petits bébés revivre avec une autre génération. Je m’entends dans les bars, les commerces. C’est drôle.

INA - Malgré ce parcours, beaucoup de gens vous résume aujourd’hui à Macumba. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Pierre Mader - C’est dommage. Ce n’est pas forcément la meilleure chanson que j’ai écrite mais c’est celle qui a le plus marché. Françoise Hardy me disait la même chose avec Tous les garçons et les filles. C’est un peu réducteur mais c’est le principe du tube. Je crois, qu'un gros succès populaire, c'est du travail, un peu de talent et 80% de chance. Ça a marché, ça m’a ringardisé, puis c’est devenu culte.

Jean Pierre Mader "Macumba"
1985 - 03:27 - vidéo

INA- Quelle rôle a joué la télévision dans votre carrière ?

Jean-Pierre Mader – Incroyable. Il y avait très peu de chaînes et toutes les nouvelles technologies n’existaient pas. J’allais souvent sur Canal + pour le « Top 50 » ou « Mon zénith à moi » de Michel Denisot. Il y avait aussi Patrick Sabatier, Jean-Pierre Foucault et Michel Drucker qui faisaient deux émissions par semaine et où j'étais omniprésent. Je faisais environ 40 télés par titre. Ce qui était énorme. Vous rentriez dans la vie des gens. J’ai fait toutes les télés possible et inimaginable, de la plus pointue à la plus populaire.

INA - Quel regard portez-vous sur la nouvelle économie musicale et les plateformes d’écoutes.

Jean-Pierre Mader - C’est un nouveau paradigme. Il faut l’apprivoiser. J’appartiens à toutes les playlists festives. D’un point de vue économique, j’arrive au même niveau de rémunération qu’à l’époque des compilations CD. C’est une valeur de remplacement, pas une valeur ajoutée. D’un point de vue artistique, on perd beaucoup. Je passais mon temps à observer les pochettes, à lire le nom des musiciens, des producteurs, des ingénieurs. Il n’y a plus ça. Qu’on le veuille ou non le succès passe toujours par une équipe. Pour revenir à eux, pas de Beatles sans leur producteur George Martin. Le streaming transforme la musique en tapisserie sonore. Les chansons marquaient la vie, une époque. Je ne suis pas certain que ce soit le cas aujourd’hui.

Jean-Pierre Mader, en résumé
Mardi 17 janvier à 18h
Médiathèque José Cabanis de Toulouse
Nombre de places limité – Entrée sur présentation d’un ticket à retirer 1/2h avant le début de la rencontre.

Jean-Pierre Mader utilise les Tools du Groupe de recherches musicales de l’INA

«Je travaille beaucoup sur ordinateur. Quand je n’ai pas d’idées sur un son, j’utilise les GRM Tools. C’est mon couteau suisse. Je trouve toujours quelque chose. Ce sont des outils formidables. C’est la connaissance du passé avec un regard sur l'avenir. C’est du futur antérieur».

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