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Mais au fait, est-ce que c'est simple de créer un podcast ?

Mais au fait, est-ce que c'est simple de créer un podcast ?

900 000 podcasts ont été créés en France en 2020, et l’engouement se poursuit. Comment se lancer dans le podcast aujourd'hui ? Nous avons posé la question à Xavier Filliol, qui intervient à l’INA sur les formations au podcast natif et à l’animation radio.

Propos recueillis par Sylvie Lartigue - Publié le 14.10.2021
Photo de Los Muertos Crew provenant de Pexels

Les chiffres du podcast donnent le vertige. 100 millions de podcasts ont été téléchargés par les Français au mois de juin 2021, d’après Médiamétrie. 900 000 podcasts ont été créés en 2020. Plus de 5 millions de Français écoutent du podcast natif tous les mois. Comment expliquer l’essor de ce format ? Avant tout parce que créer un podcast est à la portée de tous, comme nous l’explique Xavier Filliol.

Pionnier de la musique en ligne dès 1998 (MP3.fr, Musiwave, Audionamix…), Xavier Filliol dirige aujourd'hui la société Radioline. Il intervient à l’INA sur les formations au podcast natif et à l’animation radio. Il participe également aux débats sur l'environnement réglementaire du secteur depuis 2000, en tant que co-président de la Commission Audio Digital du GESTE.

Xavier Filliol
Xavier Filliol

L'INA. - Quelle est l’étape clé à ne pas manquer pour lancer son podcast natif ?

Xavier Filliol. - La chose principale à avoir en tête : un podcast c’est une série. Il faut imaginer un sujet qui ait du potentiel, qui vous porte en tant qu’auteur, et qui porte l’auditeur vers quelque chose qui sera feuilletonné. J’insiste sur la notion de série, car beaucoup de podcasts s’épuisent rapidement.

Le sujet est la priorité dans la création d’un podcast ?

Pour le créateur, le sujet doit être au centre de ses préoccupations. Il doit choisir un sujet avec lequel il est l’aise, capable d’apporter de la profondeur pour toujours avoir quelque chose à dire. Il faut savoir nourrir une discussion. La qualité sociale est essentielle pour le podcast. Depuis ces débuts, le podcast a conservé ce ton de conversation.

« Pour le créateur, le sujet doit être au centre de ses préoccupations. »

Faut-il être un technicien ?

La bonne nouvelle : non. Pas besoin et heureusement car ça exclurait beaucoup de gens. La facilité aujourd’hui de pouvoir créer est assez facile. Un simple téléphone suffit pour faire le fichier. Après on a des outils pour bidouiller des mix en ligne, avec de simples logiciels peu coûteux voire gratuits. A partir de là, on envoie ça sur des plateformes comme Soundcloud, YouTube. Si vous avez l’habitude d’écouter des fichiers MP3, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Y-a-t-il un format à privilégier ?

Bonne nouvelle également, on est dans un nouveau format qui est très libre, pas formaté comme les médias traditionnels. On s’aperçoit que les gens écoutent facilement 1h. On est plutôt sur un sujet long. On a le temps de s’exprimer et il faut prendre le temps pour établir un ton et créer un engagement avec son auditeur. C’est là que la différence se fait totalement avec la radio.

« Je reprends souvent cette formule, la radio est un programme pour tous, le podcast pour chacun. »

Je reprends souvent cette formule, la radio est un programme pour tous, le podcast pour chacun. Dans ce cas nous ne sommes plus dans les mêmes règles d’écriture et de formatage. En face, il faut se dire que ce sont des passionnés qui vont vous écouter. Ce n’est pas comme à la radio, où un sujet en pousse un autre, parce qu’il faut faire de l’audience et que pour la maintenir il faut du rythme et aller vite. Alors qu’ici c’est le mouvement du slow content. C’est plus une respiration plutôt qu’une mitraillette comme France Info.

Comment se démarquer ?

Il faut s’imaginer que les podcasteurs sont comme les youtubeurs qui ont cassé les codes de la télévision. Ils ont mis une caméra et raconter leur histoire. Ils se sont inventés animateurs avec un sujet. Le point de départ c’est presque d’avoir une communauté constituée et d’être très à l’aise sur les réseaux sociaux. Si vous n’êtes pas à l’aise sur les réseaux sociaux, ça va être dur pour vous de faire du podcast natif. C’est avant tout un réflexe du réseau social, où quand l’écrit du réseau social ne vous suffit plus, la vidéo n’est pas le média approprié à votre sujet alors vous allez choisir l’audio.

Il faudra travailler sa présence sur les réseaux sociaux car ce sera le moteur de votre développement. Le média n’est plus le prescripteur aujourd’hui. On est dans l’ère de la conversation et du bouche-à-oreille.

Est-ce encore un univers d’amateurs ?

A 99 % c’est amateur, dans le sens où personne ne gagne d’argent. Les gens qui gagnent de l’argent avec le podcast se comptent sur les doigts de la main. Aujourd’hui on est encore à l’ère de l’investissement et pas du retour sur investissement.

« Les gens qui gagnent de l’argent avec le podcast se comptent sur les doigts de la main. Aujourd’hui on est encore à l’ère de l’investissement et pas du retour sur investissement. »

Le modèle économique ne permet pas de financer son podcast correctement à part quelque chose de volumétrique. Il faut avoir vraiment beaucoup de podcasts quand on est diffuseur, ou alors être financés pas une radio. Ou encore ce sont des podcasts de marque qui se développent où la marque paye l’auteur, le studio et la production. Mais ce n’est pas l’essentiel de la production. Aujourd’hui l’essentiel du podcast est amateur pour des audiences qui ne peuvent pas se monétisent.

Que faut-il ne pas faire quand on lance son podcast natif ?

Il faut surtout éviter de faire de la radio !

Et pourtant ne sommes-nous pas des auditeurs de radio avant tout ?

Non. Le podcast natif a plus avoir avec les réseaux sociaux qu’avec la radio parce que le podcast est par essence une prise de parole indépendante, une conversation, une narration de réseau sociaux « Moi, je ». La radio, c’est la distance des médias traditionnels par rapport à l’information. Le podcast c’est l’incarnation. J’en veux pour preuve des animateurs de radio, des grands noms de la radio qui sont incapables de faire des podcasts et que l’on forme au podcast aujourd’hui.

Il ne faut surtout pas faire de la radio sur un podcast, car le ton de la radio ne va pas sur le podcast. Il faut se déformer, se déshabituer à faire de la radio pour faire du podcast.

Dans les formations que vous animez aujourd’hui, rencontrez-vous de plus en plus de personnes issues du podcast venues se former à la radio comme Nina qui venait du podcast ?

Pour des raisons économiques, on voit effectivement ces animateurs venir se former à la radio, car la radio reste un modèle rémunérateur qui génère plus de 600 millions d’euros de chiffres d’affaires. Je pense que c’est bien que ces animateurs, comme les youtubeurs se sont frottés au monde de la télé, viennent à la radio. C’est naturel. C’est assez salvateur que le ton change sur les médias. Cela va permettre de renouer le dialogue avec les auditeurs d’une autre manière. Cela va être plus jeune, plus dynamique et plus incarné qu’un animateur radio traditionnellement dans la distance.

Ce qu’il ne va pas falloir manquer dans les semaines à suivre dans l’univers du podcast ?

La traduction du podcast américain en français qui va apporter de la diversité et des exemples de narration différents. Cela va ouvrir le champ des possibles, être formateur. Sans copier évidemment, on n'est pas dans les époques Yéyé. Cela peut stimuler la création française. Aux Etats-Unis des podcasts qui font des cartons sont même adaptés à l’écran aujourd’hui. C’est NRJ qui a mis en place un deal avec iHeart Media pour faire de la traduction.

« Aux Etats-Unis des podcasts qui font des cartons sont même adaptés à l’écran aujourd’hui. »

Quel est le dernier podcast que vous avez écouté et retenu ?

La question piège ! Je suis assez fan d’Edouard Baer. J’aime bien son ton dingue et ses voyages imaginaires. Ce n’est pas un podcast natif, mais cela pourrait en être un, car c’est bien quelqu’un qui casse les codes. C’est un podcast replay de création. Comme cela je ménage tout le monde !

Qu’est-ce qu’un podcast natif

« À la différence du podcast de radio qui permet de rattraper une émission que l’on n’a pas pu écouter lors de sa diffusion, un podcast natif est un contenu sonore conçu, produit et diffusé exclusivement en ligne et auquel chacun peut accéder grâce à une application quand il le souhaite. » Définition reprise sur le site du Paris podcast Festival, qui ouvre sa 4ème édition aujourd’hui.