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Allain Bougrain-Dubourg : « Nous avons posé les bases de l’engagement écologique »

Allain Bougrain-Dubourg : « Nous avons posé les bases de l’engagement écologique »

Lundi de l’INA - De septembre à décembre 2022, l’INA propose un cycle de projections et de conférences consacré aux enjeux environnementaux ainsi qu’à leurs représentations dans les archives et les médias audiovisuels. Le premier rendez-vous se tiendra à La REcyclerie à Paris le lundi 26 septembre. Au programme, le rapport entre la télévision et l’environnement. Médias, alliés ou ennemis de la biodiversité ? Réponses avec Allain Bougrain-Dubourg. 

Par Benoît Dusanter - Publié le 20.09.2022

Allain Bougrain-Dubourg lors de l'émission « Rembob'INA » consacrée  à « 30 millions d'amis ». Crédits : Didier Allard.

Journaliste et militant,  Allain Bougrain-Dubourg est une figure centrale de la cause animale et environnementale depuis les années 1970.  Il a animé des émissions comme « Des Animaux et des Hommes », « Terre des Bêtes » ou « Animalia ». Il est aujourd’hui le Président de la Ligue pour la protection des oiseaux et est invité à débattre pour le Lundi de l’INA consacré aux médias et à la biodiversité qui se tiendra à La REcyclerie à Paris le 26 septembre prochain. Pour l’INA, il raconte le rôle joué par la télévision dans la prise de conscience des questions écologiques

INA – Quels ont été les pionniers de l'écologie à la télévision ? 

Allain Bougrain-Dubourg – Dans les années 60, il y avait des ambassadeurs prestigieux qui faisaient la fierté de notre société. Je les qualifierais de « saventuriers ». Je pense à Paul-Émile Victor, à Jacques-Yves Cousteau, à Alain Bombard et à Haroun Tazieff. J’étais proche d'eux et j’ai pu constater la manière dont ils ont secoué la société. Parfois avec de grandes maladresses. Cousteau, par exemple, considérait que la question climatique était une obsession de l’écologie politique naissante. Tous étaient invités sur les plateaux de télévision et ont contribué à sensibiliser les téléspectateurs et les programmateurs.

INA – A quoi ressemblaient ces émissions ? 

Les émissions de l’époque comme « La vie des animaux » de Claude Darget jouaient sur le sensationnel et racontaient souvent n’importe quoi. Puis François de La Grange est arrivé avec « Les animaux du monde » au début des années 70. Il faisait venir des animaux sur le plateau, ce qui serait impensable aujourd’hui, et demandait à des scientifiques de raconter leur vie. Par la suite, Christian Zuber se mettait en scène à travers le monde dans « Caméra au poing ». Et à mon tour, j’ai commencé avec « Des animaux et des hommes » et « Terre des bêtes ». Eliane Victor, la femme de Paul-Emile Victor, qui était journaliste et productrice, m’a quasiment fait entrer à la télévision. Nous partagions le sentiment d’une planète fragilisée.

INA – Ces émissions ont-elles eu un véritable impact sur l'opinion ? 

A.B.D – A cette époque, nous avons posé les bases de l’engagement écologique. Nous commencions à dénoncer certaines choses, mais nous étions prudents. Les téléspectateurs eux-mêmes nous rappelaient à l’ordre. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Par exemple, si l’on montrait un prédateur qui allait se jeter sur sa proie, on coupait au dernier moment pour ne pas voir le sang. C’était tout le paradoxe : montrer sans choquer. Ensuite, Nicolas Hulot est arrivé et a révolutionné le paysage audiovisuel.

INA – Quel a été son apport ?

A.B.D – Dans un premier temps, « Ushuaïa » était qualifié de « magazine de l’extrême ». Nicolas Hulot a ouvert la voie aux défis et à l’incroyable. Il y avait une dimension spectacle. Tout comme Philippe de Dieuleveult avec « La chasse au trésor ». Nicolas Hulot a ensuite compris que cette planète qui lui servait de terrain de jeu était fragile. C’est là qu’est né « Ushuaïa Nature », une émission engagée par la beauté des image montrant la nature qui pourrait disparaître et non par le militantisme d’images violentes. Nicolas Hulot est par ailleurs un très bon orateur qui sait partager ses émotions. Il utilisait aussi les nouvelles technologies et disposait de moyens colossaux. 

INA – Pourtant, certaines de ces émissions sont vivement critiquées aujourd’hui...

A.B.D – Encore une fois, il faut remettre les choses dans leur contexte. Cousteau a été vivement attaqué alors que certains de ses films comme Le monde du silence ont reçu la Palme d’or en 1956 et l’Oscar du meilleur documentaire. Il tuait des dauphins pour nourrir des requins et les filmer. Il envoyait des grenades sur les récifs coralliens pour montrer certaines espèces. C’est inconcevable aujourd’hui. A cette époque, il y avait une formule qui disait « ramenez-les vivant ». Il s’agissait de capturer des animaux et de les exhiber dans des zoos et tout le monde était admiratif de leur travail. De la même manière, Yann Arthus-Bertrand a été vivement critiqué pour avoir utilisé l’hélicoptère dans La Terre vue du ciel. Pourtant, tous ces films et ouvrages ont incontestablement contribué à montrer la beauté et la fragilité de la nature. Il y a une évolution de la société et de la morale, et c’est tant mieux.

INA - La télévision a-t-elle toujours un rôle à jouer pour sensibiliser le public aux enjeux de la biodiversité ? 

A.B.D – J’ai le sentiment que la télévision devient le parent pauvre des capacités à sensibiliser le grand public. Il y a une vraie évolution des mentalités. L’écologie est au cœur du débat. La société est en mouvement. Mais il me semble que cela passe par la jeunesse et les réseaux sociaux. On a beaucoup parlé de Greta Thunberg. Mais il y a des centaines, voire des milliers de Greta aujourd’hui. Beaucoup de jeunes sensibilisés aux questions environnementales ne vont pas voter, mais ils agissent autrement. Leur choix se fait en prise directe. Par exemple, Zevent 2022, le grand marathon caritatif des streamers en ligne, a récolté plus de 10 millions d’euros en un week-end pour quatre associations écologiques dont la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux dont Allain Bougrain Dubourg est président). C’est extraordinaire. On passe de l’alerte à l’engagement. Et ça, la jeunesse l’a bien compris. Je suis bouleversé par le dynamisme, l’engagement, la créativité et la détermination des jeunes.

Lundi de l'INA
La nature comme spectacle : les documentaires télé, un piège pour la biodiversité ?
Lundi 26 septembre 2022 à La REcylerie
83 Bd Ornano, 75018 Paris
En présence d’Allain Bougrain-Dubourg et d’Anne-Sophie Novel.