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10 févr. 1978 4998 vues 01h 22min 17s

132ème numéro d'Apostrophes consacré aux femmes, avec comme invités : - Emilie CARLES, délicieuse vieille dame, institutrice retraitée, briançonnaise, anarchiste et pacifiste, qui a écrit ses mémoires dans "Une soupe aux herbes sauvages". Sa vi... + de détails

132ème numéro d'Apostrophes consacré aux femmes, avec comme invités : - Emilie CARLES, délicieuse vieille dame, institutrice retraitée, briançonnaise, anarchiste et pacifiste, qui a écrit ses mémoires dans "Une soupe aux herbes sauvages". Sa vie est jalonnée par la mort : sa mère meurt foudroyée en plein champ alors qu'Emilie n'a que 4 ans, sa soeur meurt en couche, son frère meurt de faim en 1918. Plus tard sa fille meurt écrasée par un camion. Son pacifisme remonte à la 1ère Guerre Mondiale. Joseph, son frère, lui avait raconté l'horreur des tranchées. Emilie se lance alors dans une diatribe contre la guerre, et l'absurdité des frontières. Elle encourage les femmes à se tenir les coudes et ne pas laisser "nos gosses aller à la guerre". Son mari était un homme formidable, un ouvrier qui lui a appris à lire d'autres livres que les classiques. Son rayonnement était tel, que leurs enfants ne se sont rendus compte de la valeur réelle de leur mère qu'à la mort du père. Emilie dit toutefois avoir vécu une vie heureuse car "une vie d'amour, pour tous". - Le livre de Michele PERREIN "Entre chienne et louve" est une réflexion sur la violence des hommes vis à vis des femmes : le viol mais aussi le "simili-viol" ou comment forcer les autres à faire ce qu'ils ne veulent pas. Elle parle également de tous ceux qui "laissent les autres violer" sans s'intéresser au problème, qu'ils soient bourgeois ou gauchistes. Les mains aux fesses, les attouchements divers sont des abus de force dont sont constamment victimes les femmes, l'idée que les femmes sont inférieures autorisant ces actes. Elle raconte comment elle a dans un dîner accompli un abus de force, "flanquant une énorme tarte à un malotru". Les hommes politiques, hommes de pouvoir par excellence, exercent aussi ce pouvoir sur les femmes, François MITTERRAND ne considérant pas plus les femmes que les autres. - Gisèle HALIMI et Martine PORTNOE représentent toutes les femmes qui ont participé à l'ouvrage collectif "Choisir la cause des femmes, le programme commun des femmes". Elles ont essayé de présenter une réflexion globale sur la condition féminine et de proposer des solutions aux mille problèmes que rencontrent les femmes aujourd'hui. Martine PORTNOE raconte le cas d'une femme qui a caché sa grossesse pour accoucher seule dans sa salle de bain et abandonner l'enfant sur le palier ensuite. En 1978, des femmes sont encore ignorantes des possibilités de contraception et d'avortement. Elle évoque le Secrétariat d'Etat à la Condition Féminine et les 100 mesures proposées par Françoise GIROUD, regrettant que la Ministre n'ait pas les moyens de les réaliser. Gisèle HALIMI justifie la demande du collectif de censurer les affiches pornographiques au nom de la dignité des femmes. A ce propos, elle est vivement accusée (plus tard dans le débat) par Gabrielle ROLIN et Annie LE BRUN qui, au nom de l'art et de la culture, refusent toute censure. G. ROLIN qualifie le "Programme commun des femmes" de "fourre-tout plein de choses délirantes". - Annie LE BRUN exprime dans "Lachez tout" toute la haine qu'elle ressent vis à vis des "néo-féministes". Elle compare ce mouvement à un mouvement totalitaire et pense qu'aujourd'hui "la question fondamentale est d'en finir avec les meutes hurlantes". Elle lance un appel à la désertion générale, en particulier au militantisme féministe qui nivelle toutes les différences au profit de la seule différence des sexes. Annie LE BRUN distingue toujours dans ses propos le féminisme, qui serait légitime, du néo-féminisme qui est pour elle "le terrorisme idéologique de la féminitude". Elle cite des passages d'un livre d'Annie LECLERC ou les hommes sont mis à mal. Michele PERREIN réplique qu'A. LECLERC ne représente qu'elle-même, et non une force et qu'elle a autant de droit de s'exprimer qu'Annie Le Brun. Cette dernière réenfourche sans être décontenancée son cheval de bataille et continue ses invectives anti-féministes, se réclamant d'une bisexualité et accusant les féministes de créer un climat de suspicion systématique de l'homme, empêchant les gens de se rencontrer et de s'aimer. - André PEROT, seul homme invité, publie "Le pouvoir féminin", livre où il se plaint de la condition masculine. Il constate que les femmes ont aujourd'hui conquis le pouvoir sur les hommes mais veulent continuer à être assistée par eux. Elles les accusent pourtant de les violer, de les battre, de les réduire en esclavage, d'avoir des rapports incestueux avec leurs enfants etc. .. Il pense lui que ce sont les femmes qui sont responsables du martyr de milliers d'enfants. Quant au viol, il s'agit pour lui d'un problème similaire au tabagisme et à la conduite en état d'ivresse (Chapitre : "Tapage sur le viol, page 135, extrait lu sur le plateau). Il explique le petit nombre de femmes dans les instances politiques par le fait qu'elles ne le veulent pas. A Gisèle HALIMI qui le trouve nerveux, il dit qu'elle a "une tête sinistre". Il conclut son intervention en évoquant la haine du phallus qu'éprouvent les femmes. - Gabrielle ROLIN a écrit "Chères menteuses", livre dans lequel elle développe l'idée que toutes les femmes sont des menteuses. Menteuses quand, enceintes, elles disent que le sexe de leur enfant leur est égal alors qu'elles veulent toutes des garçons, menteuses quand elles se maquillent (ou se teignent les cheveux, comme elle le fait remarquer à Gisèle HALIMI). Pour elle mentir n'est pas un défaut, c'est une des défenses des opprimés. Le mensonge développe l'imagination, permet l'invention et la poésie ...Elle est par ailleurs allergique aux théories féministes qu'elle trouve ennuyeuses. - Emilie CARLES affirme ne pas mentir, elle. L'institutrice élève le débat en revenant au combat de toute sa vie : réduire les inégalités sociales. Elle appelle à la suppression de la notion de batard, tire son chapeau aux filles de joie, rend hommage au pacifiste Henri Lecoin, demande aux femmes présentes de défendre les smicardes. Elle dit que les femmes ne peuvent être heureuses tant qu'il y a quelquepart des enfants malheureux.

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