Interview du général DE GAULLE, candidat à la Présidence de la République, par Michel DROIT, entre les deux tours de l'élection présidentielle. - Question MD : "Le scrutin du 5 décembre a prouvé que 85% des Français sont favorables à l'élection du président au suffrage universel. Comment les Institutions pourraient-elles être menacées si les candidats ne les remettent pas en cause ?" - CDG : "On veut rendre l'Etat à la discrétion des Partis... La Constitution est au service du chef de l'Etat qui ne fait partie d'aucun parti. Si ce chef d'Etat est une émanation des partis, on en reviendra au Gouvernement des partis. Ce serait une catastrophe nationale". - Question MD : "Mr MITTERRAND est le candidat du parti de la gauche.../.... Les adversaires de droite ont reproché [à de Gaulle] de faire une politique de gauche". - CDG : "C'EST PAS LA GAUCHE LA FRANCE !... C'EST PAS LA DROITE LA FRANCE !..." Prétendre faire la FRANCE avec une fraction est une erreur grave, représenter la FRANCE avec une fraction est une erreur impardonnable. Lui, il est pour la FRANCE.../... IL FAUT LE PROGRÈS ET NON PAS LA PAGAILLE. Il rappelle la période d'avant la Guerre de 1914. Entre les deux guerres, c'est une période d'instabilité inquiétante. Le régime du Front Populaire s'est terminé par le désastre de SEDAN. Les partis ne peuvent pas conduire la FRANCE. M. MITTERRAND est aussi le candidat de la droite. Tous les partis veulent que DE GAULLE s'en aille. On l'accuse depuis longtemps d'avoir établi un pouvoir personnel M. MITTERRAND a dit que s'il était élu, il donnerait un tour de vis à nos libertés. Quand on a des responsabilités, il faut les porter soi-même. Il a des ministres. Il a un Parlement. Où sont les libertés publiques qu'il a réduites ? C'est lui qui les a données. Presque toute la liberté lui est hostile. La liberté syndicale existe. La liberté de vote existe. Il a supprimé la censure." - Question MD : "Le 4 novembre on a dit qu'on vous avait mis devant l'alternative : moi où le chaos, moi où le néant." - CDG : "Il a dit que s'il n'était pas réélu, si l'on revoit une partie de l'histoire des Français, il est convaincu que le régime des partis revenant ce serait pour le pays un immense malheur. Il ne durera pas toujours, la succession n'est pas encore ouverte. S'il disparaît, le même débat se réouvrira. Son successeur pourra n'appartenir à aucun parti. Fait appel aux Français. "Après moi, il vous appartient de suivre la même ligne que nous vous avons tracée en FRANCE" "Quoi qu'il arrive il aura fait son service." - Extraits autrement retranscrits (retranscription plus détaillée isue de l'Inanews) : De GAULLE : "La France c'est tout à la fois, c'est tous les Français. Ce n'est pas la gauche, ce n'est pas la droite, la France ! Naturellement les Français comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l'éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis il y a aussi un courant de l'ordre, de la règle, de la tradition, qui lui aussi est nécessaire. C'est avec tout cela qu'on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c'est une erreur grave et prétendre représenter la France au nom d'une fraction, cela c'est une erreur nationale impardonnable... - Alors vous me dites "le personnage que vous citez, il est le candidat de la gauche". Mais pas du tout ! Il est aussi le candidat de la droite. Je ne vous l'apprends pas, il est le candidat des partis. Voilà la vérité ! Car tous les partis sont d'accord pour que de GAULLE s'en aille. Naturellement, car de GAULLE une fois au loin, eh bien ! ils reprennent leurs jeux et leur régime, quand même ils ont été obligés de passer par le détour de l'élection du Président de la République au suffrage universel, c'est-à-dire la désignation de l'un d'entre eux, de leur homme, à la Présidence de la République, ce qui fait que nous reviendrons directement au régime que nous avons connu et nous a coûté, Dieu sait combien ! Voilà ce que je peux vous dire". - PL Michel DROIT de trois quart dos, assis face au général de GAULLE. - Michel DROIT : "Il y a d'ailleurs un très bon mot. On a dit : "Un dictateur ? ON N'A JAMAIS VU UN DICTATEUR EN BALLOTTAGE !". - Le général de GAULLE répond : "Oui, parlons des libertés publiques. Où sont les libertés publiques que j'ai détruites ? c'est moi qui les ai rendues quand je suis rentré en France en 1944, je les ai rendues toutes, il n'y en n'avait plus, parce que les partis avaient capitulé dans les mains de Pétain et des Allemands à l'époque où il ne fallait pas. Moi j'ai rendu les libertés publiques, je ne les ai pas détruites ! et depuis 7 ans que je suis là, je n'ai pas détruit les libertés publiques. La liberté de la presse, est-ce qu'elle n'existe pas ? presque toute la presse m'est hostile et je ne l'empêche pas. Et la liberté syndicale, est ce que je l'empêche ? pas le moins du monde ! Bien au contraire, je fais tout pour essayer d'associer les syndicats au développement en commun de la France. Et quelles autres libertés ai-je détruites ? la liberté de vote ? Vous voyez bien ce qui se passe ! le 1er juin 1958 - j'étais revenu la veille, c'est la veille que j'ai reçu l'investiture, que j'étais devenu Président du Conseil avant d'être Président de la République - j'ai rétabli la liberté de la presse que le régime des partis, les jours d'avant, parce qu'il mourait de peur, avait supprimée. J'ai supprimé la censure, je ne l'ai jamais rétablie ! Voilà la réalité."