Alors que les représentants des six grandes puissances et Téhéran ont entamé, à Genève, des discussions cruciales sur la question du programme nucléaire iranien, retour sur ce dossier épineux et récurrent.
L'Iran s'est intéressé au nucléaire depuis les années 60, pour produire de l'électricité, mais aussi avec des visées militaires. Ce programme, abandonné en 1979 à l'arrivée de Khomeiny au pouvoir, aurait été réactivé en 1984, lors de la guerre contre l'Irak. Dès lors, l'Iran aurait poursuivi des activités nucléaires secrètes en marge du domaine civil. Depuis 2003, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) - dont la mission est de lutter contre le développement de l'énergie nucléaire à usage militaire - suspecte l'Iran de vouloir se doter de l'arme atomique. A l'époque, la diffusion par les télévisions américaines de photos satellite de sites nucléaires à Arak (au sud-ouest de Téhéran) et Natanz (centre), incitent les inspecteurs de l'AIEA à se rendre sur place, pour s'assurer que ces sites sont uniquement destinés à l'usage civil.
Après 5 mois d'enquête, il apparaît que l'Iran entretient des activités nucléaires suspectes. L'AIEA somme alors Téhéran de signer et d'appliquer le protocole additionnel au traité de non-prolifération nucléaire (TNP), qui doit soumettre leur programme nucléaire à un régime de surveillance renforcé. Après de fortes réticences, les autorités iraniennes finissent par le ratifier en décembre 2003.
Pourtant, deux ans plus tard, la rupture éclate entre l'Iran et l'AIEA. Le 8 août 2005, la république islamique annonce la reprise de son programme de conversion d'uranium dans l'usine d'Ispahan (au centre du pays) et refusera, dès lors, toute conciliation. Cette volte-face coïncide avec l'arrivée au pouvoir du conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Depuis son élection en juin 2005, il affirme que son pays ne cédera pas d'« un iota » sur le nucléaire, et va jusqu'à défier directement l'ONU en ignorant son ultimatum lancé le 29 mars 2006, qui donnait à Téhéran 30 jours pour se plier aux résolutions de l'AIEA.
Dans l'espoir de désamorcer le conflit, et malgré le non-respect de la date butoir qu'ils avaient fixée, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) et l'Allemagne font une nouvelle proposition à l'Iran. Principale avancée : les Six affirment le droit de l'Iran à développer l'énergie nucléaire à des fins pacifiques. L'étonnante modération des USA (qui évoquaient jusqu'à présent la possibilité d'attaques préventives contre les sites nucléaires iraniens) peut s'expliquer par la volonté d'établir de bonnes relations avec l'un des plus gros exportateurs de pétrole mondiaux.
Face à la poursuite de son programme nucléaire et la découverte, par l'AIEA, de nouvelles traces d'uranium suspectes, l'ONU adopte le 31 juillet 2006 une résolution qui « exige » que l'Iran « suspende toutes les activités liées à l'enrichissement » d'uranium, sous peine de sanctions économiques et diplomatiques. Mais l'Iran ne manifeste aucune intention de se conformer à cette demande, et l'ultimatum expire le 31 août sans qu'un accord entre les deux parties ne soit trouvé.
Quelques mois plus tard, le couperet tombe : dans ses résolutions 1737 (décembre 2006) et 1747 (mars 2007), le Conseil impose puis, alourdit les sanctions économiques et commerciales envers l'Iran. Le but de ces mesures : contraindre l'Iran à suspendre ses activités nucléaires sensibles. Mais Téhéran campe sur ses positions et répète que rien ne le fera plier.
Le 2 septembre 2007, dans un nouvel affront, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad affirme que l'Iran a atteint un nouveau cap dans son programme nucléaire en faisant tourner plus de 3 000 centrifugeuses d'enrichissement d'uranium.
Et la situation se crispe ces derniers jours avec l'annonce, lors du G20, de l'existence d'un second site
d'enrichissement de l'uranium près de Qom, les tirs de missiles
iraniens et les multiples déclarations contradictoires de Téhéran.
Octobre 2009