La gauche part dans la bataille en ordre dispersé. Depuis 1965, elle possède bien un «candidat unique» en la personne de François Mitterrand mais, depuis 1968, les chances de l'unité ont beaucoup reculé. La dissolution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), l'isolement du Parti communiste à la suite de l'invasion de la Tchécoslovaquie, le glissement du PSU vers des positions gauchistes sont autant d'obstacles à la désignation d'un candidat commun.
La SFIO réunie en congrès à Alfortville investit Gaston Defferre comme candidat socialiste à la présidence. Mais la Convention des institutions républicaines et l'UGCS (Union des groupes et clubs socialistes, de Jean Poperen) qui tiennent de leur côté un autre congrès à Saint-Gratien, refusent d'entériner ce choix. Le Député-maire de Marseille fait savoir qu'en cas de victoire, il prendra Pierre Mendès France comme Premier ministre. Au soir du premier tour, c'est un coup de tonnerre : Gaston Defferre n'obtient que 5,1% des voix. «La politique c'est comme la mer, un jour on gagne, un jour on perd, aujourd'hui je perds. Voilà, j'en prends la responsabilité»; déclare-t-il depuis sa permanence aux journalistes. En 1971, il sera cependant réélu confortablement maire de Marseille.