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Le pétrole en mer profonde
1981-08-15
(Fiche média : 01454)
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Le quart du pétrole que nous consommons provient de la mer, demain ce pourcentage augmentera, mais pour trouver ce pétrole de l'avenir, il faut s'enfoncer de plus en plus profondément et exploiter des puits par 500 mètres de fond. Le pétrole de la mer profonde, la société Elf-Aquitaine en prépare dès aujourd'hui l'exploitation sur les côtes africaines, un reportage d'Alain Rodier.
A 40 kilomètres des côtes du Gabon, le champ pétrolifère de Grondin, telle une gigantesque pompe, cette plate-forme aspire la production d'une douzaine de puits sous-marin posés sur le fond parfois à plusieurs kilomètres de là. C'est ici à proximité de l'Equateur que les ingénieurs du groupe Elf Aquitaine viennent de réaliser une première mondiale, la mise au point après 4 ans d'expérimentation d'une station de production sous-marine automatique, un puits reposant sur le fond et entièrement télécommandé. Cette technologie doit permettre la production de pétrole ou de gaz à des profondeurs jamais atteintes en mer. Les plates-formes actuelles les plus audacieuses ne dépassent pas 250 mètres. Quant-aux hommes-grenouille, ils ne peuvent travailler efficacement au-delà de 200 mètres. Désormais, on peut envisager l'exploitation des hydrocarbures grâce à des puits reposant sur des fonds de 400, 500 ou 1000 mètres. Si le puits est entièrement contrôlé de la surface, il n'en reste pas moins qu'il faut en assurer l'entretien ou intervenir en cas de panne. C'est pourquoi soucieux d'égaler la fiabilité des industries spatiales ou nucléaires, les chercheurs du pétrole ont conçu et mis au monde Tim. Tim, le voici, ce charmant diminutif signifie en fait, Télémanipulateur d'Intervention et de Maintenance. Il s'agit en réalité d'un robot mis au point pour travailler sur les têtes de puits sou-marines à des profondeurs où l'homme ne plus intervenir, c'est un outil extraordinaire. Il est muni de deux bras manipulateurs, d'une grue, de 5 caméras de télévision et d'une dizaine de projecteurs. L'expérience à laquelle nous allons assister se déroulera à 60 mètres sous la barge de support. Mais Tim a été conçu pour travailler à 600 mètres de profondeur et dans des mers difficiles. Comme pour une intervention réelle, le robot est mis à l'eau avec une mission précise, il devra cette fois réaliser une connexion électrique entre une tête de puits et la module qui la commande. Lorsqu'il parvient au fond, le télémanipulateur se pose sur des rails qui lui permettent de se déplacer le long de la station. Les opérations sont télécommandées de la surface à l'aide d'un pupitre, ce qui exige une très grande habilité. Grâce aux caméras de télévision placées sur Tim, l'opérateur peut guider la machine. Chaque bouton commande un geste précis du robot ou l'orientation d'une caméra. Toutes sortes d'outils peuvent être adaptées sur le robot, l'expérimentation a montré qu'il savait raccorder diverses tuyauteries, réaliser des connexions électriques ou hydrauliques, manoeuvrer des vannes de sécurité, brosser, meuler, percer, photographier ou tout simplement observer. Pour l'exploitation des puits sous-marins en très grandes profondeurs, Tim s'avère donc un outil essentiel. Il est plus fort et plus précis que l'homme et surtout il permet des interventions non limitées dans le temps. Réussi sous l'Equateur, l'expérimentation va se poursuivre bientôt en mer du Nord et entrer en application industrielle sur le champ de gaz de Frigg mais dès maintenant, les perspectives sont immenses. Il reste des millions de kilomètres carrés de terrains sédimentaires susceptibles de contenir du pétrole et la France vient de se donner un atout pour l'exploitation de ces futurs gisements.
Pour le pétrole en mer, on explore et on exploite aujourd'hui le plateau continental, c'est-à-dire le prolongement des continents où la profondeur ne dépasse pas disons 250 mètres. Mais au-delà, il y a le talus continental c'est-à-dire cette pente qui descend vers la plaine abyssale à 5000 mètres de profondeur. Et la prospection pétrolière est intéressée aujourd'hui par tout ce domaine, entre disons 300 mètres et 3000 mètres de profondeur. Alors là, on sait explorer mais on ne saurait pas exploiter. On sait explorer grâce à des navires comme celui-ci, le premier le plus ancien, le plus fameux de tous les navires foreurs par grands fonds, l'Américain le Gomar Challenger. Mais il y a aujourd'hui d'autres bateaux de ce type, la prospection a commencé tout juste, une cinquantaine de trous ont été forés, ils ont permis de trouver des traces d'hydrocarbure à grande profondeur mais évidemment pas encore de gisement. Et puis, il y a l'exploitation, alors actuellement sur le plateau continental, on utilise des plates-formes directement posées sur le fond et l'on fait des interventions sous-marines par plongeur. A grande profondeur, il faudrait renoncer à ces techniques et c'est tout l'intérêt des expériences en cours, il faudrait utiliser des têtes de puits automatiques, directement posées sur le fond et faire des interventions par robots. Et si loin découvre des gisements à grande profondeur se posera alors le problème économique, celui de savoir si leur exploitation nous donnera du pétrole moins cher que l'exploitation par exemple des schistes bitumineux, François de Closets à bord du Glomar Challenger, TF1.