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Conférence de presse du 19 mai 1958
19 mai 1958
(Fiche média : 00210)
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(Silence)
Mesdames, Messieurs, Il y aura tantôt 3 années que je n'ai eu le plaisir de vous voir. Lors de notre dernière rencontre, si vous vous en souvenez, je vous avais fait part de mes prévisions et de mes inquiétudes quant au développement probable des évènements. Et aussi quant à ma résolution de garder le silence, jusqu'au moment où en le rompant, je pourrais servir le pays. Et en effet, depuis lors, les évènements ont été de plus en plus graves. Ce qui se passait en Afrique du Nord, depuis quatre ans, était une très lourde épreuve, ce qui se passe en ce moment, en Algérie, par rapport à la métropole et dans la métropole par rapport à l'Algérie, peut conduire à une crise nationale extrêmement grave. Mais aussi, ce peut être le début d'une espèce de résurrection. Voilà pourquoi le moment m'a semblé venu où il pourrait m'être possible d'être utile, encore une fois, directement, à la France. Utile pour quoi ? Parce que, naguère, certaines choses se sont passées, ont été accomplies, que les Français le savent, que les peuples qui sont associés aux nôtres ne l'ont pas oublié et que l'étranger s'en souvient. Et peut-être, cette espèce de capital moral, pourrait-il, devant les difficultés qui nous assaillent, les malheurs qui nous menacent, pourrait-il avoir son poids dans la politique, dans un moment de grave confusion. Utile aussi parce que c'est un fait dont nous devons tous prendre acte, tous qui que nous soyons. C'est un fait que le régime exclusif des partis n'a pas résolu, ne résout pas, ne résoudra pas, les énormes problèmes avec lesquels nous sommes confrontés. Notamment, celui de l'association de la France avec les peuples d'Afrique. Celui aussi de la vie en commun des diverses communautés vivant en Algérie. Et même celui de la concorde à l'intérieur de chacune de ces communautés. Le fait est là, je répète que tout le monde doit en prendre acte. Les combats qui se livrent, en Algérie, et la fièvre qui bouillonne ne sont que les conséquences de cette carence. Et si les choses continuent, de la façon dont elles sont engagées, nous savons tous parfaitement bien que le régime tel qu'il est ne pourra pas y trouver d'aboutissement. Il pourra faire des programmes, manifester des intentions, exercer même des actions, des efforts en sens divers, et je répète qu'il ne, n'ira pas à des aboutissements. Et qu'alors, nous risquons que ces aboutissements nous soient un jour imposés du dehors, ce qui serait, sans aucun doute, la solution la plus désastreuse possible, comme dans la précédente grande crise nationale, à la tête du gouvernement de la République Française. Ceci dit messieurs, je suis prêt à répondre à telles ou telles questions que vous voudrez bien me poser. Cependant, comme je vois que beaucoup d'entre vous, dont je reconnais d'ailleurs avec plaisir les visages, se prépareraient à me poser des questions de toutes sortes, je tiens à dire qu'aujourd'hui, je ne répondrais, et vous m'en excuserez et vous le comprendrez bien, je ne répondrais qu'à ce qui a trait à la question des institutions. Moi compris, si vous voulez bien.
Vous aviez dit que vous vous teniez prêt à assumer les pouvoirs de la République. Qu'entendez-vous au juste par là ?
Je vais vous répondre au mieux. Les pouvoirs de la République, quand on les assume, ce ne peut-être que ceux qu'elle-même vous aura délégués. Voilà pour les termes qui me paraissent parfaitement clairs. Et puis alors maintenant, il y a l'homme qui les a prononcés. La République, il fut un temps où elle était reniée, trahie, par les partis eux-mêmes, et moi, j'ai redressé ses armes, ses lois, son nom !
(...) (Question inaudible) Comment jugez-vous les événements actuels d'Alger ?
En Algérie, il y a une population, tant française de souche que musulmane, qui depuis des années est dans la guerre, les meurtres, les attentats. Et cette population constate, depuis que cela dure, que le système actuel établi à Paris ne peut pas résoudre ses problèmes. Bien mieux, ils ont vu ce système, récemment, s'orienter vers les offices de l'étranger. Ils ont entendu l'homme, qui est d'ailleurs mon ami, et qui se trouvait, à ce moment là ministre de l'Algérie, sur place déclarer publiquement : " Nous allons à un Dien Bien Phu diplomatique". Comment voulez-vous qu'à la longue, cette population, dans la fièvre où elle est, ne se soulève pas ? Elle voit, à Paris, les crises succéder aux crises. Indéfiniment, les mêmes représentants des mêmes partis, se répartir, se mélanger, dans les mêmes postes ministériels sans qu'il en sorte jamais rien de net, de précis et d'efficace. [...] ni décider, parce que les choses et les esprits vont vite.
Au moment
Mon Général
Oui. Attendez, je suis à vous. Voilà ... [...] assumer, à se voir déléguer, des pouvoirs exceptionnels pour une tâche exceptionnelle, dans un moment exceptionnel, évidemment, ça ne pourrait pas se faire, suivant les rites et la procédure, tellement habituels que tout le monde en est excédé. Donc, il faudrait adopter une procédure, elle aussi, exceptionnelle, pour l'investiture de l'Assemblée Nationale, par exemple.
Celui dans le domaine intérieur ou dans le domaine extérieur ?
Si vous me permettez, je vous répondrai ceci. Dans le cas où il me serait demandé par le peuple français un arbitrage, dans ces matières que vous venez d'évoquer, eh bien, c'est une raison de plus pour que actuellement, je ne vous indique pas quelles seraient les conclusions de mon arbitrage. Pour rendre un arbitrage, il faut avoir entendu les parties en cause, il faut avoir rendu le jugement, et il faut être en mesure d'en imposer l'exécution. Toutes choses qui actuellement n'existent pas. Je ne connais pas de juge qui donne son jugement avant les audiences.
(Question inaudible) Certains craignent que, si vous reveniez au pouvoir, vous attentiez aux libertés publiques.
Est-ce que j'ai jamais attenté aux libertés publiques fondamentales ? Je les ai rétablies. Et y ai-je une seconde attenté jamais ? Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ?