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Discours à Bucarest
15 mai 1968
(Fiche média : 00141)
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Pour cette deuxième journée du séjour en Roumanie du Général de Gaulle, la matinée était entièrement consacrée aux affaires politiques. Dès ce matin 9 heures, nouveaux entretiens avec le Président Ceaucescu au palais du Conseil d'Etat, avant le grand discours dont vous entendrez les principaux extraits, dans un instant, devant la grande Assemblée Nationale roumaine. C'est devant la grande Assemblée Nationale, tel est le nom du Parlement roumain, devant ses 465 membres, le gouvernement roumain et le Président Ceaucescu, que le Général de Gaulle, très applaudi comme vous l'entendez, a prononcé son discours, après avoir été présenté par le président de l'Assemblée, Monsieur Wojtek.
Avant tout, Roumains et Français, nous voulons être nous-mêmes, c'est-à-dire suivant le mot d'Eminescu : l'Etat national et non pas l'Etat cosmopolite. Nous voulons être nous-mêmes, ce qui ne nous empêche pas du tout d'avoir, avec certains autres Etats, les relations privilégiées que peuvent nous recommander des voisinages géographiques ou des événements historiques, des données économiques. Cela ne nous empêche pas non plus de souscrire à des engagements internationaux, quand ils ont pour but le progrès et la sécurité du monde. Mais c'est à la condition que notre destin, notre route, notre politique, soient les nôtres. Cela non pas seulement parce que nous trouvons satisfaisant d'être les maîtres chez nous, mais aussi parce que nous croyons que ce sont les nations, chacune avec son âme, et son corps bien à elle, qui en fin de compte constituent les éléments irréductibles et les ressorts indispensables de la vie universelle. A présent, qu'est-ce qui peut faire que nous ne trouvions pas à régler la question de la sécurité de l'Europe, sinon la possibilité où nous nous trouvons tous, que peut-être un jour, un conflit surgirait à la faveur de nos souverainetés qui renonceraient honteusement à elles-mêmes. Un conflit qui surgirait entre deux grandes puissances confrontées le long d'une ligne, qui est cependant extérieure à leur propre frontière et qui coupe notre continent. Et comment imaginer qu'on puisse mettre un terme à la situation dans laquelle le système des blocs opposés tient à présent notre continent, sans que les Nations de l'ouest, du centre et de l'est de notre Europe, veuillent pratiquer entre elles la détente, l'entente, la coopération, qui, seules, pourraient permettre à l'Europe de régler ses propres problèmes. Notamment le problème allemand, d'organiser sa sécurité et de relever complètement ses ressources et ses capacités. Mais il va de soi, qu'un changement aussi complet des conditions actuelles exclut toute ingérence étrangère sur les peuples de notre continent et implique que chacun d'entre eux ne s'exprime que par sa propre voix et n'agisse que pour son propre compte.
Après son discours à l'Assemblée, le Général de Gaulle offrait à l'Ambassade de France un déjeuner officiel en l'honneur de Monsieur Ceaucescu qu'il invitait à venir en France. Dans la soirée, réception au Conseil d'Etat, c'est-à-dire à la Présidence de la République roumaine, demain, départ pour la province, en commençant par la ville industrielle de Craiova.