L'immigration portugaise a pris une importance considérable en France à partir des années soixante. Elle est alors en grande partie clandestine, puisqu'une partie des Portugais qui viennent s'installer en France cherche à fuir la dictature Salazar et les guerres coloniales. Mais la majorité a d'abord pour objectif de trouver du travail et de fuir la misère, ce qui est le lot ordinaire de toute immigration. Après avoir accueilli les immigrés italiens depuis la fin du XIXe siècle, puis les Espagnols dans les années cinquante, la France est ouverte à ces hommes et à ces femmes qui viennent prendre le relais des précédents et avant qu'ils ne soient eux-mêmes remplacés par les travailleurs maghrébins. Le nombre de Portugais en France est passé de 20 000 en 1954 à 760 000 vingt ans après. Il constitue alors le premier groupe d'immigrés présents en France. Il le reste à l'époque de ce reportage, en dépit d'un net reflux (leur nombre est tombé à 504 600 en 1990, devant les Algériens, eux aussi en baisse, 473 400, et les Marocains, 396 500).
La Provence n'est pas une importante région d'immigration portugaise. Elle n'est qu'au 14e rang des régions françaises, loin derrière Rhône-Alpes notamment. Il s'agit donc ici d'un groupe restreint d'environ 15 500 personnes dont un peu moins de 5 000 se trouvent dans les Alpes-Maritimes et guère plus dans les Bouches-du-Rhône, pour 3 000 dans le Var. Une partie de cette population - les femmes - est sans activité déclarée (plus de 7 000), mais la majorité des hommes travaillent dans le bâtiment (6 000). C'est sans doute ce qui explique la présence d'une concentration relativement notable dans la région de Grasse-Cannes au moment où la technopôle de Sophia-Antipolis s'étend. Si une partie de cette immigration tend à s'assimiler rapidement, une autre reste d'autant plus attachée à son identité qu'elle envisage bien souvent de retourner au Portugal où, lorsqu'on l'a pu, on a fait construire une maison. Comme chez d'autres groupes, associations, radios locales, enseignement de la langue permettent de ne pas rompre le lien.
La radio Agora qui joue ce rôle à l'égard de ce groupe, comme à l'égard d'autres populations, est une radio locale associative qui rayonne dans l'ouest des Alpes-Maritimes à partir de Grasse. "Née - selon son expression - du grand mouvement de libéralisation des ondes et de la parole citoyenne en 1982, et attachée aux valeurs de laïcité et de solidarité", elle s'emploie, avec le soutien du Fonds d'Action Sociale depuis 1986, à donner la parole aux exclus des médias officiels et commerciaux.
Bibliographie :
Gérard Noiriel, Le Creuset français : Histoire de l'immigration XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, Points Histoire, 2006.
Ralph Schor, Histoire de l'immigration en France de la fin du XIXe siècle à nos jours, Paris, Armand Colin, 1996.