Questionné par Georges Suffert, l'intellectuel Raymond ARON qui fut journaliste, universitaire, économiste, sociologue, métaphysicien et moraliste parfois, explique comment son goût de l'ordre et de la rationnalité, son sens de la mesure et de la chose instituée lui ont fait refuser le mouvement de mai 68. Il revient sur son parcours : sa formation universitaire et ses deux années passées en Allemagne de 1931 à 1933, où il découvrit la politique en assistant à la montée du nazisme. De cette expèrience, il a gardé ce "scepticisme" dont on l'accuse mais qui n'est à ses yeux que la volonté de voir la réalité telle qu'elle est; Il revient sur le "gaullisme conditionnel" qu'il adopta à Londres pendant l'occupation, puis son activité journalistique d'après guerre, dans les colonnes du "Combat" d'ALBERT CAMUS puis du "Figaro".Intellectuel de gauche, auteur de "L'opium des intellectuels", il avoue être cependant un "métaphysicien frustré" qui s'interdit la reflexion pure, à ses yeux dépassée, mais s'intéresse à découvrir à travers les sciences humaines le "sens de l'histoire". "Suivant MARX à la trace", il se consacre depuis la guerre aussi bien à l'économie qu'à la stratégie, à l'enseignement qu'à la politique. Devenu paradoxalement en mai 1968, par son appel à tous les professeurs refusant de céder à la contestation, le défenseur d'une université qu'il critiquait, il assume aujourd'hui cette contradiction et la passion qui l'animait alors. Parlant de la révolte de la jeunesse, de la révolution cubaine et des théorie de MARCUSE, qu'il connut à Francfort, il fait la part des choses dans les revendications contre la société de consommation, puis il élargit son propos à l'avenir de la société industrielle, aux difficultés économiques et sociologiques qu'elle rencontrera, tout en combattant la thèse de la faillite du système capitaliste.RAYMOND ARON termine cependant en déclarant : "Tout est toujours à sauver, rien n'est acquis et il n'y aura jamais de repos sur la terre pour les hommes de bonne volonté".