C'est dans le secteur de la sidérurgie que les réactions à l'annonce des restructurations industrielles au début de l'année 1984 furent les plus vives. Le «plan acier» adopté par le gouvernement socialiste apparaissait en effet comme l'un des plus drastiques : suppression de 20 à 25 000 emplois en trois ans sur les 90 000 qui subsistaient, décisions de ne pas construire un "train universel" à Gandrange, en Moselle, de fermer le train de laminage de Sacilor à Rombas, ainsi que le site de Fos-sur-mer, pourtant particulièrement moderne. Les sidérurgistes reçurent d'autant plus mal l'annonce de ces décisions que le président de la République, lors d'un voyage en Lorraine en octobre 1981, avait imprudemment proclamé que «la nationalisation de la sidérurgie sera le fer de lance de la reconquête de l'emploi».
Dans ces conditions, une grande marche des sidérurgistes sur Paris fut organisée le 13 avril 1984, réunissant entre 35 000 et 40 000 manifestants, le jour même où François Mitterrand défendait le plan de restructuration industrielle. En tête du cortège se trouvait le secrétaire général du Parti communiste, Georges Marchais, qui marquait ainsi sa volonté de rompre l'accord conclu avec les socialistes en 1981. Quelques jours auparavant, le 2 avril 1984, Marchais avait déclaré à «L'Heure de vérité» que l'accord conclu avec le PS en juin 1981 avait été trahi et que le «plan acier» était une erreur tragique.