Débat sur Mai 68 avec : Jacques SAUVAGEOT (Président de l'UNEF en mai 68), Henri WEBER (Co-fondateur de la LCR en mai 68), Geneviève FRAISSE (Etudiante en mai 68), Tiennot GRUMBACH (Dirigeant de l'union des jeunesses communiste marxiste-léniniste en mai 68), Pouria AMIRSHAHI (Président de l'UNEF -ID), Mathias WEBER (Lycéen), Julie PICQ-GRUMBACH et Chloé FRAYSSE (étudiantes). - Michèle COTTA : Alors, qu'est-ce que vous recherchiez au départ ? Ebranler l'université ou ébranler le monde ? - Jacques SAUVAGEOT : Le mouvement étudiant comme le mouvement ouvrier qui s'est développé était dans un contexte très politisé de contestation du capitalisme, contestation du socialisme réel. Ce qui est important, c'est le développement d'un mouvement généralisé dans l'université, dans les quartiers, dans les entreprises, à la campagne, partout. C'est ce qui fait Mai 68. - Henri WEBER : (Fait un historique : société de consommation, croissance de 5% depuis presque 20 ans, niveau culturel élevé). Les rapports de pouvoir sont restés autoritaires et traditionnels et sur le plan des moeurs, la morale puritaine (...) C'était la plus grande grève générale de l'histoire de France mais. Le mai 68 a été le plus symbolique et le plus puissant à l'ORTF. Et l'ORTF a été bouleversé après au prix d'un grand nombre de charrettes. - Tiennot GRIMBACH : (souligne l'importance de la guerre d'Algérie dans l'historique de l'UNEF ). "Je voudrais dire un point que dit Daniel COHN-BENDIT qui est très important pour comprendre. Il dit" notre langage était un langage archaïque et notre pratique était une pratique subversive ". Et il l'est encore. Et je crois qu'il faut penser en longue période et pas simplement en anniversaire. - SAUVAGEOT : Quelque chose que personne n'a prévue, qui était une lame de fond qui venait de ce qui s'était passé pendant des années et des années avant et qui, à un moment, submerge tout. Je veux dire, effectivement, personne ne l'a prévu, personne ne l'a organisé et c'est tout le monde qui a fait. - Geneviève FRAISSE :" J'étais dans les manifestations contre la guerre au VIETNAM. Et 68, pour moi, arrive là-dessus. Et je suis étudiante en philosophie et tout d'un coup, le 6 mai, je prends les camions d'eau en pleine figure, je prends de la bastonnade boulevard Saint-Michel et après... Tout est passionnant. Après, c'est la naissance du féminisme (...) C'est beaucoup plus important là de comprendre le monde. A ce moment-là, c'est vrai qu'on critique le pouvoir. Donc, la politique se fait ailleurs que dans l'institution du pouvoir. Ca continuera avec le féminisme. - WEBER : Les mouvements sont évolutifs. Au début, c'est un mouvement contre la répression, un mouvement pour réformer l'université. Et puis se joignent les salariés, s'ouvre une crise politique et cette crise politique se répercute dans l'Etat où il y a une véritable panique. Dans les sommets de l'Etat, c'est la panique. A partir de là en effet, la question du pouvoir est posée. Et moi, je crois que le mouvement de 68 en rendant conscient la vulnérabilité du pouvoir gaulliste comme pouvoir trop personnalisé, plébiscitaire, un peu césarien, ce mouvement a hâté l'Union de la Gauche et l'accession de la gauche réformiste au pouvoir. - SAUVAGEOT : Je pense que ce qui était important, c. Etait la prise de parole partout, par rapport à ce que vous dites, c'était la prise de parole partout, l'idée partout qu'il fallait discuter, il fallait prendre en main ces choses et que, par rapport à ça, la démocratie, ce n'était pas uniquement la démocratie représentative qui était contestée comme tout le reste mais en se disant, l'important, c'est véritablement autrement, c'est véritablement à partir du moment où les gens prennent en charge leurs choses, discutent. Alors c'est l'aspect qu'on ne voit pas souvent de mai 68 qui est donné, cette discussion généralisée dans tous les sens, sans heurt et où toutes les idées s'affrontent pour essayer de dire "qu'est-ce qu'on peut faire pour que ça change demain ?. - Tiennot GRIMBACH : "Déjà en 67, il y a eu des grèves très importantes et il y a une partie du mouvement étudiant (...) la fusion du mouvement syndical et du mouvement étudiant a été l'élément central." - BLONDEL : C'était une volonté, c'était le libertaire par définition. C'était ça, et c'était très individualiste. Il n'y avait que 250.000 chômeurs ce qui n'est rien par rapport à la situation où nous sommes. C'était la remise en cause de tout ce qui prenait un caractère institutionnel y compris le syndicat . (... ) Je crois, que ç'a été plus la libération sexuelle que le droit de la femme et l'égalité entre les hommes et les femmes parce que le dossier existe encore . (... ). - Geneviève FRAISSE : Le mouvement des femmes ne naît pas seulement pour la libération sexuelle. C'est un mouvement politique. Et notamment, nous critiquons le droit de vote, nous critiquons les institutions. Nous étions dans la libération sexuelle autant que dans le mouvement politique en tant que femme et féministe, j'y tiens. - COTTA : Mathias WEBER, Julie, est-ce que vos parents vous en ont parlé de ce qu'ils ont fait en 68 ? Comment est-ce que vous jugez leur action ? - Mathias WEBER : Je pense que mon père prendrait mal que j'aille faire des barricades boulevard Saint-Michel. (Réaction du père Henri WEBER : Absolument. Il ne manquerait plus que ça !). Alors il s'est bien amusé mais il ne veut pas que je fasse pareil. - Chloé FRAISSE-Bonnaud : Elle m'a éduquée par rapport à ce qu'elle a vécu à ce moment-là et par rapport à ce qu'elle a ressenti et pourquoi elle s'est battue. Et contrairement à Mathias, je pense qu'elle serait contente que j'aille sur les barricades. - Julie PICQ-GRIMBACH : C'est dans l'éducation, dans notre manière de vivre que... Enfin, pour moi, c'est quelque chose qui a été transmis de manière évidente. Il m'en parle mais pas forcément point par point. C'est plus dans ce qui en découle. - Michèle COTTA : Et pour vous, est-ce qu'un mai 68 serait possible aujourd'hui justement peut-être parce qu'il y a du chômage ? - Mathias WEBER : Il y avait un peu des moeurs à révolutionner, il y avait beaucoup de choses à changer qu'il n'y a plus vraiment là-dessus. Ils ont fait tout le travail. Dans la jeunesse aujourd'hui, il n'y a plus un terrain de combat commun. Ca n'existe plus. - Pouria AMIRSHAHI : Avant 86 qui d'ailleurs je vous le rappelle - c'est pour vous rectifier - est le plus grand mouvement étudiant. Ce n'est pas 68. C'est 86 . (... ) "On ne fait pas la grève ou on ne lutte pas le ventre vide ". Et à cette époque, c'est vrai, on avait le temps, on avait le loisir. Et les étudiants étaient 300.000 à l'époque, aujourd'hui, on est deux millions et demi, ils étaient quand même les enfants d'une certaine bourgeoisie ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui. Et la manière de poser les problèmes effectivement ne se posait pas de la même manière, c'est-à-dire qu'il y avait effectivement les moyens pour les enfants de l'époque, pour toute cette génération de contester un modèle, un modèle familial, un modèle patriarcal, un modèle de paternité, d'autorité. - Michèle COTTA : Vous venez de dire quelque chose d'important. Vous dites, à l'époque, les étudiants étaient des fils de bourgeois en gros. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ? - Geneviève FRAISSE : Non mais on était sûr de finir nos études, on était sûr d'avoir un emploi. C'est là où on était entre guillemets"nantis ", on était nantis de la croissance plus que dDDébat sur Mai 68 avec : Jacques SAUVAGEOT (Président de l'UNEF en mai 68), Henri WEBER (Co-fondateur de la LCR en mai 68), Geneviève FRAISSE (Etudiante en mai 68), Tiennot GRUMBACH (Dirigeant de l'union des jeunesses communiste marxiste-léniniste en mai 68), Pouria AMIRSHAHI (Président de l'UNEF -ID), Mathias WEBER (Lycéen), Julie PICQ-GRUMBACH et Chloé FRAYSSE (étudiantes). - Michèle COTTA : Alors, qu'est-ce que vous recherchiez au départ ? Ebranler l'université ou ébranler le monde ? - Jacques SAUVAGEOT : Le mouvement étudiant comme le mouvement ouvrier qui s'est développé était dans un contexte très politisé de contestation du capitalisme, contestation du socialisme réel. Ce qui est important, c'est le développement d'un mouvement généralisé dans l'université, dans les quartiers, dans les entreprises, à la campagne, partout. C'est ce qui fait Mai 68. - Henri WEBER : (Fait un historique : société de consommation, croissance de 5% depuis presque 20 ans, niveau culturel élevé). Les rapports de pouvoir sont restés autoritaires et traditionnels et sur le plan des moeurs, la morale puritaine (...) C'était la plus grande grève générale de l'histoire de France mais. Le mai 68 a été le plus symbolique et le plus puissant à l'ORTF. Et l'ORTF a été bouleversé après au prix d'un grand nombre de charrettes. - Tiennot GRIMBACH : (souligne l'importance de la guerre d'Algérie dans l'historique de l'UNEF ). "Je voudrais dire un point que dit Daniel COHN-BENDIT qui est très important pour comprendre. Il dit" notre langage était un langage archaïque et notre pratique était une pratique subversive ". Et il l'est encore. Et je crois qu'il faut penser en longue période et pas simplement en anniversaire. - SAUVAGEOT : Quelque chose que personne n'a prévue, qui était une lame de fond qui venait de ce qui s'était passé pendant des années et des années avant et qui, à un moment, submerge tout. Je veux dire, effectivement, personne ne l'a prévu, personne ne l'a organisé et c'est tout le monde qui a fait. - Geneviève FRAISSE :" J'étais dans les manifestations contre la guerre au VIETNAM. Et 68, pour moi, arrive là-dessus. Et je suis étudiante en philosophie et tout d'un coup, le 6 mai, je prends les camions d'eau en pleine figure, je prends de la bastonnade boulevard Saint-Michel et après... Tout est passionnant. Après, c'est la naissance du féminisme (...) C'est beaucoup plus important là de comprendre le monde. A ce moment-là, c'est vrai qu'on critique le pouvoir. Donc, la politique se fait ailleurs que dans l'institution du pouvoir. Ca continuera avec le féminisme. - WEBER : Les mouvements sont évolutifs. Au début, c'est un mouvement contre la répression, un mouvement pour réformer l'université. Et puis se joignent les salariés, s'ouvre une crise politique et cette crise politique se répercute dans l'Etat où il y a une véritable panique. Dans les sommets de l'Etat, c'est la panique. A partir de là en effet, la question du pouvoir est posée. Et moi, je crois que le mouvement de 68 en rendant conscient la vulnérabilité du pouvoir gaulliste comme pouvoir trop personnalisé, plébiscitaire, un peu césarien, ce mouvement a hâté l'Union de la Gauche et l'accession de la gauche réformiste au pouvoir. - SAUVAGEOT : Je pense que ce qui était important, c. Etait la prise de parole partout, par rapport à ce que vous dites, c'était la prise de parole partout, l'idée partout qu'il fallait discuter, il fallait prendre en main ces choses et que, par rapport à ça, la démocratie, ce n'était pas uniquement la démocratie représentative qui était contestée comme tout le reste mais en se disant, l'important, c'est véritablement autrement, c'est véritablement à partir du moment où les gens prennent en charge leurs choses, discutent. Alors c'est l'aspect qu'on ne voit pas souvent de mai 68 qui est donné, cette discussion généralisée dans tous les sens, sans heurt et où toutes les idées s'affrontent pour essayer de dire "qu'est-ce qu'on peut faire pour que ça change demain ?. - Tiennot GRIMBACH : "Déjà en 67, il y a eu des grèves très importantes et il y a une partie du mouvement étudiant (...) la fusion du mouvement syn