C'est dans l'un des secteurs les plus touchés par la crise, la sidérurgie lorraine, que le combat social fut le plus poussé et le plus violent contre les mesures de restructuration et de licenciement. Les difficultés de la sidérurgie lorraine remontent en fait aux années soixante avec l'apparition des minéraliers géants et des techniques de transformation de minerais riches en acier sans passer par les hauts fourneaux, ce qui rendaient plus rentables les usines situées en bord de mer (Dunkerque, Fos-sur-mer).
Les difficultés de la sidérurgie lorraine s'accélèrent à partir de 1974 avec une baisse importante de la demande et l'effondrement des prix de l'acier. L'Etat tente alors de soutenir ce secteur par des aides financières mais décide également d'accélérer sa restructuration autour des pôles les plus compétitifs, ce qui condamne inévitablement l'industrie lorraine. En décembre 1978, le ministre de l'Industrie René Girault annonce ainsi une aide de trois milliards pour renflouer le secteur en même temps qu'un vaste plan de restructuration de la sidérurgie : près de 20 000 emplois doivent être supprimés, dont une grande partie en Lorraine.
Cette décision provoqua d'importants troubles au sein de ce bastion industriel, symbole de la «civilisation du fer» depuis la fin du XIXe siècle. Une très forte mobilisation contre le gouvernement se développa notamment à Longwy à partir du 16 février. Les ouvriers en colère barrent les voies ferrées, occupent les administrations, séquestrent des fonctionnaires, attaquent des commissariats. Dans un sursaut désespéré, toute la population exprime son impuissance devant l'inévitable fermeture des hauts-fourneaux. Le 23 mai 1979, les sidérurgistes lorrains organisent une très grande manifestation à Paris, qui se termine par des incidents graves.