Le conflit qui sévit au Darfour depuis 2003 est à l'origine d'une véritable catastrophe humanitaire, face à laquelle la communauté internationale peine à trouver une solution.
Dans une région peu stable politiquement et extrêmement démunie économiquement, le conflit éclate au Darfour en février 2003. L'Armée de Libération du Soudan est formée. Rassemblant des milices villageoises des tribus africaines, elle réclame une répartition équitable du pouvoir et des richesses et appelle au renversement du régime de Khartoum. Elle déclenche l'insurrection en février puis s'empare le 25 avril 2003 de la capitale du Darfour nord, El Fasher. Le gouvernement réplique par l'enrôlement et l'armement de miliciens, les Janjawids (les cavaliers arabes), et multiplie les attaques aériennes contre les villages supposés abriter la rébellion.
Cette crise souligne d'une part la difficile dénonciation et qualification des crimes commis au Soudan, et d'autre part les errances et l'inefficacité de la diplomatie internationale pour mettre fin au conflit.
Pendant 9 mois, tout d'abord, la Communauté internationale se refuse à envisager la situation sous un angle autre que celui de la crise humanitaire. En janvier 2004, néanmoins, à la suite d'une offensive militaire massive de l'Armée soudanaise au Darfour, Médecins sans frontières alerte l'opinion internationale sur l'extrême danger dans lequel seraient 600 000 réfugiés. A l'approche des commémorations du dixième anniversaire du génocide rwandais et alors que les récits des réfugiés soudanais au Tchad faisant état d'assassinats et de viols se multiplient, un haut responsable de l'ONU qualifie, en avril 2004, les violences au Darfour de "nettoyage ethnique". En juillet 2004, la Chambre des représentants américaine vote à l'unanimité un texte dénonçant le "génocide" au Darfour. En mars 2007, enfin, un nouveau pas est franchi lorsque le rapport de la commission d'enquête de l'ONU conduite par Jody Williams, estime que le Soudan, en armant les milices janjawids et en combattant avec elles a "orchestré et participé" à des "crimes de guerre et crimes contre l'humanité". Le rapport estime qu'au total, le conflit est à l'origine de 200 000 morts et de plus de 2 millions de réfugiés en quatre années de guerre. Il dénonce les tueries, assassinats, tortures, viols et déportations comme le quotidien de la population du Darfour. Parallèlement, ce même rapport stigmatise les exactions commises par les rebelles. Dans le même temps, la Cour Pénale Internationale lance ses premières inculpations de responsables soudanais pour crimes de guerre, tandis que le Soudan refuse l'entrée de son territoire à tout enquêteur.
Dès lors, seule une diplomatie internationale plus agressive à l'égard de Khartoum peut être en mesure de mettre un terme à ces crimes contre l'humanité. Cependant, le conflit du Darfour souligne les limites de l'action internationale. En avril 2004, l'ONU s'efforce de réagir et charge l'Union Africaine d'une mission d'observation du cessez-le feu que celle-ci ne parvient pas à faire respecter. Entre juillet 2004 et mars 2005, les Nations Unies adoptent 4 résolutions menaçant le gouvernement de Khartoum. Toutes demeurent sans effet. En mai 2005, l'Union Africaine réclame le soutien de l'OTAN. Mais les moyens déployés par l'OTAN sont également insuffisants.
En mai 2006, le gouvernement soudanais trouve un accord de paix avec les rebelles. Néanmoins, le Darfur Peace Agreement n'est ratifié que par une partie de l'Armée de Libération Soudanaise, qui explose alors, confrontée à ses dissensions en plus de 18 mouvements. La guerre civile se poursuit alors.
Le 31 juillet 2007, le Conseil de Sécurité de l'ONU, après des mois de négociations, décide l'envoi d'une force hybride ONU - Union Africaine, composée de 20 000 soldats et 6 000 policiers et civils. Cette force baptisée Unamid, la plus importante mission de paix au monde, est chargée à partir d'octobre 2007 de prendre le relais de la force de l'Union Africaine, qui souffre d'un problème chronique de moyens. De son côté l'Union Européenne, décide à l'été 2007 l'envoi d'une force européenne forte de 3 700 hommes, afin de protéger les civils au Tchad et en République Centrafricaine. Son engagement est prévu pour la mi-février 2008.
La gestion de la crise du Darfour par la communauté internationale illustre tout d'abord la volonté de chaque puissance de préserver ses intérêts propres. Pendant des mois, la Chine, qui importe 10% de son pétrole du Soudan, ménage le régime soudanais tout comme les Etats Unis, qui ne veulent pas voir se tarir leur source d'informations sur Al Qaida. L'attitude de la communauté internationale témoigne également des rivalités entre les grandes puissances qui saisissent l'importance symbolique d'une intervention au Darfour, afin de ne pas être accusées, une fois de plus, de demeurer les témoins impuissants de crimes contre l'humanité.