La fermeture de l'usine Renault de l'île Seguin à Boulogne-Billancourt constitue le symbole le plus spectaculaire des difficultés et des mutations de l'industrie automobile en France. Symbole au cours des Trente glorieuses de la croissance industrielle française, l'automobile souffre considérablement du renversement de la conjoncture à partir des années 1970 et d'une concurrence étrangère de plus en plus vive. Le marché national connaissant une importante saturation, seule l'exportation peut permettre au secteur de l'automobile de continuer à survivre. Mais pour cela, les principales entreprises françaises doivent s'adapter et se montrer plus compétitives. Cela se traduit par un important recul de la main-d'oeuvre, une modernisation des structures de production, un recours croissant à la sous-traitance (qui permet de mieux s'adapter aux fluctuations du marché), des délocalisations d'usines dans les pays étrangers, où le coût de la main-d'oeuvre est moindre.
Ces nouvelles stratégies condamnent inévitablement certains établissements, à l'image des usines Renault de l'île Seguin, construites à la fin des années 1920. Véritable symbole de l'entreprise Renault depuis leur création (c'est-là que furent installées les premières chaînes automatisées), ces usines de l'île Seguin souffraient d'installations quelque peu dépassées et d'une situation défavorable (enkystée dans la banlieue parisienne dont les fréquents embouteillages retardaient les transports) qui rendaient sa fermeture inéluctable.