En 1972, un an après la publication dans le Nouvel Observateur le 5 avril 1971 d'un manifeste signé par 343 femmes connues reconnaissant avoir eu recours à l'avortement, communément rebaptisé «Le Manifeste des 343 salopes», a lieu un procès emblématique : Marie-Claire, une jeune fille de 16 ans, inculpée sur dénonciation pour avoir avorté - à la suite d'un viol - avec la complicité de sa mère, est jugée à huis clos par le Tribunal de Grande Instance de Bobigny, avec sa mère et l'avorteuse. Les trois accusées sont défendues par l'avocate Gisèle Halimi, militante féministe, qui fait venir à la barre de nombreuses personnalités (dont Michel Rocard, Simone de Beauvoir, le biologiste Jean Rostang, les prix Nobel de médecine Jacques Menot et François Jacob ou le doyen de la faculté de médecine Paul Miès).
Le tribunal est de la sorte transformé en procès retentissant contre la loi de 1920 qui interdit l'avortement : les témoins la stigmatisent comme une loi injuste qui pénalise les femmes les plus démunies - on estime alors le nombre d'avortements clandestins à plus de 300 000 par an. De nombreuses actions sont menées durant le procès par les associations féministes, qui font de la contraception et de l'avortement leur principal cheval de bataille : le Mouvement de libération des femmes (MLF), créé en 1970, ou «Choisir», fondé en juillet 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir, qui organise une grande manifestation à Paris le jour du verdict, le 11 octobre 1972, en faveur de l'avortement libre et gratuit. La jeune Marie-Claire est finalement relaxée ; la mère et l'avorteuse sont condamnées quant à elles un mois plus tard à des peines minimales avec sursis.
Le procès crée un mouvement d'opinion important, et le 17 janvier 1975 la loi Veil, adoptée par l'Assemblée nationale, autorisant les interruptions volontaires de grossesse (IVG) pour une période de cinq ans, libéralise l'avortement.