Après mai 68, l"écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre s'éloigne du Parti communiste français auquel il reproche le comportement et l'allégeance à l'URSS. Il se rapproche alors de la Gauche prolétarienne, groupe d'extrême-gauche maoïste qui prône la révolution sur le modèle chinois par opposition au modèle soviétique. Suite à de violents affrontements entre des militants et les forces de l'ordre, le groupuscule a été dissout par le gouvernement de Jacques Chaban Delmas en mai 1970 qui a décidé également de l'interdiction de son organe de presse La Cause du peuple. Les principaux dirigeants du mouvement, comme Alain Geismar, sont arrêtés et inculpés. Sartre leur apporte son soutien et appelle à être jugé, considérant qu'il est tout autant coupable puisqu'il est directeur depuis 1970 du journal interdit.
Sartre revient ici sur un des hauts-lieux des grèves de mai 68 et se pose en figure tutélaire de l'extrême-gauche, dernière radicalisation politique de sa carrière intellectuelle. Considérant qu'"il y a 50 ans que le peuple et les intellectuels sont séparés", Sartre entend se mettre au service des ouvriers, dans la filiation de la liaison que les étudiants en grève de mai 68 avaient voulue. En descendant dans la rue et non plus en se contentant d'écrire, Sartre veut manifester sa place aux côtés des "victimes de la violence", ces prolétaires exploités par l'Etat qui fait "deux poids de mesure", entre les forts - lui, l'intellectuel reconnu - et les faibles - les jeunes qui mènent, parfois violemment, la contestation. La révolution à venir doit ainsi abattre l'appareil répressif qu'est l'Etat. C'est dans la continuité de ce combat qu'il fonde avec Serge July le journal quotidien Libération en 1973.