La peine de mort constitue dans la France de 1981 un anachronisme judiciaire et politique car la plupart des autres pays européens ont aboli cette pratique. Selon les sondages, l'opinion publique française défend la peine capitale à plus de 60%. François Mitterrand a promis pendant la campagne électorale de faire voter l'abolition : pour ce faire, il a nommé un avocat adversaire déclaré de la guillotine à la Chancellerie.
Robert Badinter fait inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblé nationale l'abolition : le débat s'engage le 18 septembre. Dans son discours de la représentation nationale, le ministre rappelle les arguments des abolitionnistes : la peine de mort est contraire à l'esprit de la religion chrétienne, aux valeurs de la révolution française ; en pratique, elle ne dissuade pas les délinquants de passer à l'acte. Son discours déchaîne les applaudissements quand il conclut : «demain, grâce à vous, la justice française ne sera pas une justice qui tue ; demain grâce à vous, il n'y aura plus dans les prisons, pour notre honte commune, d'exécution furtive à l'aube sous un dais noir ; demain, grâce à vous, les pages sanglantes de notre justice auront été tournées».
L'opposition est pour sa part divisée : sa majorité suit les positions favorables aux défenseurs des exécutions, menés par le député UDF Pascal Clément, tandis que 16 RPR sur 88 votent le texte du ministre de la Justice (dont Jacques Chirac, Philippe Seguin, François Fillon) et 21 UDF sur 62 (Jacques Barrot, Pierre Méhaignerie, Jean-Pierre Soisson). Au Sénat en revanche, les opposants se font entendre, mais les Sénateurs votent le texte dans les mêmes termes le 29 septembre : la peine de mort est alors abolie.