Le 23 février 1991, de violentes émeutes éclatent à Saint-Denis de la Réunion, dans le quartier populaire du Chaudron. Victimes de l'incendie d'un supermarché provoqué par un cocktail Molotov, sept personnes trouvent la mort dans ces troubles qui se poursuivent durant plusieurs jours. Ces émeutes sont marquées par de nombreux pillages de magasins et par des affrontements entre groupes de jeunes et forces de l'ordre. La saisie à la demande du Conseil supérieur de l'audiovisuel de l'émetteur de la chaîne de télévision pirate Télé Free Dom est à l'origine de ces violences. Dirigée par Camille Sudre, alors troisième adjoint au maire de Saint-Denis, Télé Free Dom diffusait des images depuis 1986 sans avoir obtenu d'autorisation légale. Cette chaîne était notamment très regardée au sein de la jeunesse réunionnaise en difficulté. La plupart des analyses sur les émeutes ont ainsi souligné le rôle de détonateur du malaise social réunionnais qu'a joué la saisie de l'émetteur pirate. De nombreux jeunes se trouvaient en effet alors au chômage ou ne bénéficiaient que du revenu minimum d'insertion (RMI). De façon plus générale, 35% de la population active réunionnaise étaient au chômage et près de 50 000 personnes recevaient le RMI. Après trois jours d'émeutes et l'arrivée sur place, le 26 février, du ministre des DOM-TOM Louis Le Pensec, le calme revint progressivement à Saint-Denis. Cependant, en dépit de la prise de conscience provoquée par ces émeutes, les problèmes sociaux de la Réunion n'ont pas pour autant été résolus, et en 1998 près de 58 000 personnes, soit 8% de la population totale de l'île, percevaient encore le RMI.