La météo est particulièrement mauvaise lorsque le 11 décembre 1999, l'Erika, pétrolier affrété par Total-Elf-Fina, signale une avarie. Le capitaine, Karun Mathur, parle alors de fissure sur le pont. Le lendemain, à 6 heures, le capitaine lance un appel de détresse. Le vieux pétrolier battant pavillon maltais est à la peine au large de Penmarch. Mais trop tard, à 8 heures, le navire se brise en deux, libérant 20 000 tonnes de fioul
Très vite, le plan Polmar est déclenché : les remorqueurs Abeille Flandre et Tenace prennent la mer pour tenter d'extirper le tanker et commencer le pompage de la cargaison. En vain ! Les deux parties du bateau couleront l'une après l'autre à quelques jours d'intervalle, laissant échapper trois nappes de pétrole.
Durant plusieurs jours, les activités de pompage, rendues difficiles par les intempéries, permettent la récupération de 900 tonnes de fioul. Mais les nappes se morcellent et le 25 décembre, alors que le pays est balayé par la plus grande tempête des dernières années, des masses noirâtres atteignent les plages, près de Lorient.
Au total, ce sont 400 kilomètres de côtes du Finistère à la Charente-Maritime qui sont souillés. On estime le nombre d'oiseaux morts entre 150 000 et 300 000 et le poids des déchets à 270 000 tonnes.
Ce naufrage est un vrai désastre économique et écologique
Alors que des pompiers, des militaires et des milliers de bénévoles s'affairent pour nettoyer et dépolluer les bords du littoral, les marins-pêcheurs et les ostréiculteurs comptent leurs pertes. Et l'indignation monte de toutes parts devant le mutisme du groupe pétrolier Total-Elf-Fina, qui finira par financer le pompage des 11 245 tonnes de fioul restées dans les cuves et la dépollution des déchets.
Après six ans d'instruction menée par Dominique de Talencé, les juges vont devoir tranché sur les responsabilités et les indemnités. Le FIPOL (Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures) a déjà versé quelque 182 millions d'euros. Un montant jugé insuffisant par les victimes qui exigent 230 millions. Dans ce procès qui s'ouvre le 12 février 2007, l'Etat français et Total-Elf-Fina réclament respectivement 144 et 180 millions d'euros. Le FIPOL, quant à lui, a engagé des poursuites contre tous les acteurs du drame : propriétaire, armateur, affréteur, assureur et société de classification.
Deux ans après le naufrage de l'Erika et devant l'ampleur de la catastrophe, la Commission européenne adopte deux paquets de mesures. Le paquet « Erika 1 » vise à renforcer le contrôle des navires dans les ports : chaque Etat s'engage à inspecter chaque année au moins 25 % des navires étrangers faisant escale dans ses ports. Les sociétés de classification font également l'objet de plus de contrôles. Enfin, un calendrier d'interdiction progressive des navires à simple coque est mis en place.
Un second train de mesures appelé « Erika 2 » met en place un système communautaire de suivi du trafic. Au niveau européen, un troisième fonds d'indemnisation, le COPE, voit le jour. Il est sensé se superposer aux systèmes CLC et FIPOL. Enfin, une agence européenne de sécurité maritime est créée. Elle doit fournir des aides techniques et scientifiques à la Commission en matière de sécurité maritime et de prévention de la pollution et veiller à l'application des règlements.
Mais en 2005, selon Vigipol (Syndicat mixte de protection du littoral breton), le bilan de ces mesures étaient mitigé puisque seuls les règlements étaient entrés en vigueur. Le système de suivi du trafic et le contrôle des sociétés de classification n'étaient toujours pas opérationnels.