Né en 1904, le peintre espagnol Salvador Dali est l?incarnation idéal-typique de la figure de l?artiste contemporain, se jouant des règles de la création académique. Associé au courant surréaliste auquel il participe dès son arrivée à Paris en 1927, son oeuvre, marquée par une interprétation souvent fantaisiste de la psychanalyse freudienne, se fonde sur une iconographie à dominante sexuelle et morbide, transcription de ses fantasmes et de ses obsessions. Définissant sa méthode comme « paranoïaque-critique », c?est-à-dire « comme une méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l?association interprétative critique des phénomènes délirants », il envisage de « crétiniser » le monde afin d?en trouver l?essence à travers une appréhension démultipliée du réel. Exclu du mouvement surréaliste à la fin des années 1930 après ses déclarations en faveur de Hitler et de Franco, Dali, après 1945 en particulier, diversifie de plus en plus ses activités, contribuant à diffuser et à vulgariser l?imagerie surréaliste dans le quotidien (mode, décoration, ameublement, publicité). Dali aura cherché toute sa vie à systématiser la confusion entre les genres et les oeuvres.
Cette vision ouvertement anarchiste en a fait le précurseur de nombreux courants de la deuxième moitié du XXe siècle, dans les domaines de la peinture mais aussi du cinéma, de l'objet, de l'architecture et de l'installation. L?excentricité de son comportement, son génie publicitaire, son goût prononcé de la provocation où la part de l?humour, de l?imposture et celle des pulsions les plus profondes sont indéterminables, l?ont transformé en une attraction médiatique, suscitant pour cette raison dans le monde de l?art de nombreuses critiques. André Breton, ancien camarade surréaliste, l?a moqué, en proposant de le renommer sous forme d?anagramme : Avida Dollar. Par là, il s?agissait de stigmatiser son appât du gain et du succès à n?importe quel prix.
Se jouant de la marchandisation de l'art contemporain, se posant en génie, Dali obtint la consécration académique, qu'exprime par exemple son invitation à faire des conférences dans des établissements prestigieux comme l'École polytechnique en 1961. Il y assume sans complexe son statut, tournant tout à la fois en dérision l'institution et l'institutionnalisation de sa personne. Devenu un personnage, ses apparitions publiques font autant partie de son oeuvre que ses productions picturales et graphiques. Il meurt en 1989, 7 ans après sa femme Gala qui l'accompagna tout au long de sa vie créatrice.