En seconde partie de son magazine, MICHELE COTTA présente les invités qui débattront de l'éventualité d'un conflit social important, semblabble à celui de l'hiver 1995, après la manifestation nationale du 17 Octobre 1996: BERNARD LHUBERT, secrétaire national de l'Union générale des fonctionnaires CGT; MARIE-CLAIRE LIBOUTET, secrétaire fédérale de la CFDT-PTT; ROLAND GAILLARD, de la Fédération générale des fonctionnaires FO; IRENE LEGUAY, infirmière à Versailles; FLORENCE DURSAPT, maître-auxiliaire à Saint-Etienne ; JEAN PIERRE RAFFARIN, Ministre des PME, du commerce et de l'artisanat; ANDRE SANTINI, député-maire d'Issy Les Moulineaux; HENRI-CLAUDE SONOLET, chef d'entreprise et vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris; JEAN-CLAUDE CASANOVA, de la revue "Commentaires"; et JEAN-FRANCOIS KAHN. - MARIE-PIERRE LIBOUTET: "Quand on agresse Nicole Notat, on agresse toute la CFDT. Les propos (entendus dans la manifestation) étaient scandaleux et je crois pas qu'ils étaient spontanés ..". ROLAND GAILLARD: "Ce n'est pas notre syndicat qui a organisé cela. Si on nous demande de le condamner, je répondrai: que chacun prenne ses responsabilités". BERNARD LHUBERT: "Cela n'a pas été organisé au sein d'un syndicat. Mais il est vrai que les salariés n'ont pas digéré le plan Juppé, ni les prises de position qui ont facilité sa mise en oeuvre. Etant donné les non-réponses apportées par le Ministre de la fonction publique au soir de la manifestation, il est évident qu'il va y avoir besoin de prolongements". MARIE-PIERRE LIBOUTET: "Si nous tombons d'accord avec la CGT ou avec FO sur des objectifs communs, nous irons". BERNARD LHUBERT: "On a un gouvernement qui nous dit 'Il faut se battre pour l'emploi' et il commence à supprimer des emplois; il dit 'il faut relancer la consommation' et il bloque les salaire; il dit 'il faut lutter contre l'exclusion' et il affaiblit le Service public. L'indice de popularité de cette politique est de 21%, et 64% des Français soutiennent la gève des fonctionnaires". IRENE LEGUAY: "Dans mon secteur, on a recensé 200 grévistes, mais plus de la moitié était réquisitionnés puisque nous sommes en effectif minimum depuis des lustres. Le 17 Octobre, dans le secteur de la santé, nous n'avons pas pu user de notre droit de grève". JEAN-PIERRE RAFFARIN: "On comprend les aspirations de ceux qui ont fait le Service public à la française, cela fait partie de notre patrimoine. Mais la réalité, c'est qu'il faut faire des économies (plaisanterie de J-F. KAHN, et réaction de J-P. RAFFARIN) Il faudrait deux siècles de mon budget pour boucher le trou du Crédit Lyonnais. Les japonais sont en train de préparer la voiture électrique pour dans trois ou quatre ans. Nous avons des mutations terribles devant nous. Face à cela, notre seule réserve de croissance est dans les 2.400.000 entrepreneurs, si nous sommes capables d'alléger les charges, d'alléger la fiscalité, pour libérer l'énergie entreprenariale. Dans l'entreprise France, il y a d'un côté le chiffre d'affaires de ceux qui créent les richesses, et de l'autre les frais généraux, et nous sommes obligés de maîtriser les frais généraux, sinon nous courons à la catastrophe". BERNARD LHUBERT: "N'essayez pas de faire le partage entre le secteur privé, producteur de riches es, et le secteur public. Le problème de l'emploi et des salaires est posé partout . Vous aviez prévu 2,8% de croissance , et l'on va être à 1%". ANDRE SANTINI: "Est-ce qu'aujourd'hui la grève est le meilleur moyen pour les salariés de se faire entendre ? A la RATP, depuis 1992 il y a une instance de concertation, qui a signé un accord qui a abouti à ce qu'ils appellent un comité de prévenance, et la RATP n'a pas fait grève. La grève détruit toutes les chances du pays de progresser ..". ROLAND GAILLARD: "Le gouvernement devrait essayer de trouver des thèmes de négociation susceptibles de déboucher. A l'Education nationale, les gens qui étaient susceptibles de bénéficier de l'accord signé avec le Ministre de la fonction publique, ne vont pas voir leur emploi reconduit, notamment les maîtres auxiliaires. Comment peut-on croire à la politique contractuelle dans ces conditions". FLORENCE DURSAPT: "Je suis maître-auxiliaire en philosophie. J'ai été recrutée en 1990. J'ai enseigné pendant 5 ans. Je suis au chômage total depuis septembre 1995, et je n'ai pas le droit de passer les concours internes parce que je n'étais pas en poste l'an dernier. Pour la même raison, je ne peux pas profiter du projet de loi sur la précarité". ANDRE SANTINI: "François Bayrou a créé beaucoup de postes, de sorte qu'il y en a beaucoupmoins à proposer aux non-titulaires. C'est vrai que vous risquez de vous trouver dans la mauvaise posture, mais tout cela peut se négocier. MARIE-PIERRE LIBOUTET: "Mr Raffarin disait qu'il fallait réduire les déficits pour libérer les initiatives. Mais en 20 ans la rémunération des fonctionnaires a diminué dans le budget de l'Etat et dans le produit intérieur brut. France Télécom a fait 10 milliards de bénéfices, et va supprimer 5000 emplois en deux ans". JEAN-PIERRE RAFFARIN: "Notre société est soumise à une pression internationale extrêmement forte .. Nous faisons des économies sur le coût du travail pour libérer les énergies. C'est comme cela que l'on va retrouver la croissance". IRENE LEGUAY: "Je suis révoltée d'entendre dire que l'on a créé des milliers d'emplois, alors que dans le secteur de la Santé on a gelé des postes. Dans mon établissement les effectifs de nuit n'ont pas bougé depuis 16 ans, et on a supprimé des lits." JEAN-PIERRE RAFFARIN: "Il fallait une grande réforme de la Sécurité sociale pour maîtriser la dépense, et une grande réforme de l'Education nationale, pour faire en sorte qu'on dépense mieux, car il y a moins d'effectifs". ROLAND GAILLARD: "On a joué le gigantisme, avec des dispositifs et des frais de fonctionnement toujours plus importants, et maintenant on voudrait supprimer des petits hôpitaux de proximité". (SUITE EN CHAMP SEQUENCE)