Au début du mois d'octobre 1989, le collège Gabriel-Havez de Creil (Oise), situé en zone d'éducation prioritaire (ZEP), exclut, au nom du principe de neutralité et de laïcité scolaire, trois élèves qui refusent d'enlever leur foulard islamique en classe. Si le 9 octobre, le principal du collège, après avoir négocié avec les familles, obtient que le foulard soit retiré pendant les cours, l'affaire devient nationale et la polémique s'engage.
Le ministre de l'Education nationale, Lionel Jospin, sollicite l'avis du Conseil d'Etat qui répond de façon nuancée le 27 novembre 1989 : il rappelle le droit des élèves à manifester des convictions religieuses dans l'école, mais établit des limites à l'expression de signes religieux ayant un caractère «ostentatoire et revendicatif». Un autre arrêt du Conseil d'Etat en novembre 1992, à propos d'une affaire identique au collège Jean-Jaurès de Montfermeil, impose cependant la réintégration d'élèves exclus pour port du foulard, encourageant ainsi les groupes islamistes qui défendent ardemment le voile.
La question rebondit périodiquement pendant près de quinze ans, posant surtout le problème de l'intégration des musulmans dans la société française. Les féministes soulèvent également la question du caractère inégalitaire du voile pour les femmes musulmanes. Dans ce contexte, et alors que l'islam radical progresse en France, une commission présidée par Bernard Stasi est chargée par le président de la République Jacques Chirac en juillet 2003 de réfléchir à «l'application du principe de laïcité dans la République». Rendant son rapport le 11 décembre 2003, elle relève des "atteintes préoccupantes" à la laïcité.
Suivant l'une des conclusions de cette commission, Jacques Chirac se prononce en faveur d'une loi interdisant le port de signes religieux «ostensibles» par les élèves dans les établissements scolaires publics. Cette loi est ainsi adoptée le 15 mars 2004 et appliquée à partir de la rentrée 2004.