La musique au cours des années 50 entre dans l'ère de la culture de masse. Elle envahit l'espace public par la multiplication des techniques de reproduction et de diffusion sonores (autoradio, pick-up, walkman). Grâce aux innovations de firmes américaines, le microsillon est mis au point en 1948 et les premiers exemplaires sont diffusés en France en 1952 par la maison de disques Barclay.
Plus léger, moins cher, au confort d'écoute amélioré (une vingtaine de minutes pour une face de microsillon contre 3 minutes avec un 78 tours), le disque devient un objet de consommation courante : 7 millions de disques sont vendus en 1948 contre 18 en 1956, 41 en 1963, 100 en 1973. C'est principalement aux variétés que bénéficie cet essor, parallèlement à la standardisation de la chanson. Celle-ci est ainsi produite à la chaîne, en série, de manière industrielle. Des paroles souvent consensuelles voire conservatrices comme ici celles de La Terre associées à une mélodie simple et mémorisable doivent permettre une large diffusion, l'instrumentation pouvant être adaptée selon le public visé, adulte avec Georges Guétary, transgénérationnel avec Bourvil, populaire avec l'accordéon d'Yvette Horner... Le développement du marché du disque favorise par ailleurs le renouvellement du paysage de l'industrie discographique hexagonale.
L'apparition en 1945 de nouveaux labels comme Vogue et Barclay se fonde d'abord sur le succès du jazz (1 million de disques de Sidney Bechet vendus en 1955) avant d'élargir leurs activités au domaine de la variété. A elles seules, les deux firmes se partagent 30 % du marché français, le reste étant partagé entre les filiales des grandes compagnies multinationales, américaines pour la plupart (CBS, RCA). Enfin, ces entreprises mettent au point un système médiatique très puissant commercialement. Dès 1955, Bruno Coquatrix, directeur de l'Olympia, Lucien Morisse, directeur des programmes de la nouvelle station Europe 1, et Eddie Barclay, directeur de la compagnie du même nom, élaborent une stratégie commune visant à promouvoir les artistes enregistrés par Barclay en les faisant passer dans l'émission d'Europe 1 "Musicorama" quelques jours avant leur baptême sur la scène de l'Olympia. Loin de se concurrencer, radio, disque et scène se complètent. A partir des années 60, la télévision se joint au système.