Ouvrir une boîte Tupperware, c’est évoquer un pan de la société de consommation de l’Après-guerre à nos jours. Cette marque créée en 1946 aux Etats-Unis par Earl Tupper, un ingénieur spécialisé en plastique, s’est très vite distinguée par son mode de vente particulier, la « démonstration-vente à domicile ». N’arrivant pas à écouler ses produits en magasin, Earl Tupper développe en effet cette activité sur les conseils de Bronnie Wise, sa collaboratrice, première démonstratrice de la marque et brillante femme d’affaires. Ça marche, et dès 1951, les petites boîtes en plastique ne se vendent plus que par cette méthode. Tupperware conquiert l’Europe, et en 1973, la société ouvre son usine française de Joué-les-Tours.

En 1978, l’émission « C’est la vie » s’intéresse à ces fameuses réunions Tupperware : une « démonstratrice » travaillant pour la société présente les produits de la marque à une dizaine de femmes du voisinage. Elles sont accueillies dans la maison d’une « hôtesse » bénévole, qui reçoit cependant, en fonction du chiffre d’affaires réalisé pendant la vente, des cadeaux, le plus souvent des produits de la marque.

C’est parce que ces réunions ont lieu dans une ambiance décontractée, réunissant le plus souvent des amies, que le journaliste pose la question : « on peut quand même se demander s’il n’y a pas un petit piège, si on ne joue pas sur les bons sentiments, sur le fait que la consommatrice n’osera pas refuser à son amie, en fait si c’est pas un peu de la vente forcée ? ».

La réponse de Mme Desaubliaux, de Tupperware est « qu’il n’y pas d’obligation d’achat, et que le but d’une démonstration est aussi, non seulement de vendre (…), mais également d’apporter un service ». En conclusion de ce reportage, s’il est vrai que l’immense majorité des femmes sont satisfaites de ce service, et reviennent aux séances Tupperware, certaines se sentent bien en effet obligées d’acheter, « eu égard à l’hôtesse ».

En 1987, le témoignage de Madame Guyader, une ancienne « monitrice » de Tupperware, montre l'envers d'un système très efficace d'un point de vue économique : pour les monitrices et les démonstratrices, « il ne faut pas tomber malade, car il faut toujours se remettre en question et aller de l'avant ». Ainsi, après 12 ans au service de la marque, Madame Guyader décide d'arrêter, quand elle se rend compte qu'elle  « n'y croit plus », qu'elle constate que les « dames avaient suffisamment de produits, qu'elles étaient saturées ». Mais surtout, l'impression que certaines ventes sont réalisées dans des milieux sociaux qui « possèdent à peine le nécessaire », ce qui l'amène à remettre en cause sa mission de vendeuse.

Des remarques qui viennent nuancer l'image dorée de ces réunions Tupperware, tout droit sortie des années 1960 et 1970, lorsque le plastique était roi et que les foyers occidentaux s'équipaient encore massivement en produits de consommation courante.

Plus positivement, ces réunions entre femmes ont aussi été des moments de sociabilité essentiels, leur permettant de travailler, de s'émanciper, d'échanger des idées : un laboratoire du féminisme, en quelque sorte, sur lequel revenait très récemment un documentaire réalisé par France 3, Tupperware, la petite boîte émancipée...

Rédaction Ina le 28/02/2018 à 18:18. Dernière mise à jour le 01/03/2018 à 15:24.
Economie et société