RER : la banlieue obtient (enfin) son métro en 1977

Redaction Ina le 08/12/2009 à 16:58. Dernière mise à jour le 11/12/2017 à 10:54.
Economie et société

Le 8 décembre 1977, le président Giscard d'Estaing inaugurait le "Réseau express régional". La concrétisation d'une nouvelle façon d'envisager la liaison entre Paris et sa banlieue, entreprise au milieu des années 1960, lorsque l'aménagement du territoire rendit nécessaire de donner aux banlieusards l'équivalent d'un métro. Retour sur une histoire qui trouve son origine à la fin du XIXe siècle...

La ligne A du RER, avec ses 308 millions de voyageurs par an, est la ligne la plus fréquentée d’Europe. Chaque jour, ses trains parcourent 40 000 km, soit l’équivalent d’un tour complet de la terre, emmenant près de 640 000 voyageurs aux heures de pointe. Autant dire que pour les Parisiens et les Franciliens, le RER A est une ligne incontournable. Il relie l’un des plus importants pôles économiques d’Europe, La Défense, à l’Ouest, aux villes de la banlieue Est (avec notamment le parc Disneyland à Marne-la-Vallée), en passant par le centre de Paris.

Le 8 décembre, nous fêtons les 40 ans de l’inauguration de cette ligne (et du RER B, inauguré le même jour). Le RER A est souvent critiqué par ses usagers pour les nombreux retards et incidents techniques qui ont considérablement augmenté depuis la fin des années 2000, dus à l’augmentation majeure du trafic et au vieillissement du matériel.

S’il est vrai que ces désagréments ont un réel impact négatif sur la vie de millions d’usagers, il est juste de prendre la mesure du progrès accompli depuis des décennies en termes de mobilité dans la région parisienne. Surtout, comme nous allons le voir, lorsqu’on réalise qu’initialement, à la fin du XIXe siècle, c’est véritablement la ville de Paris seule qui avait eu la priorité des transports en commun.

On peut alors se demander si l’inauguration du RER le 8 décembre 1977, considéré à l’époque comme la ligne la plus moderne et efficace au monde, ne constituait pas pour les habitants de la banlieue une revanche sur leur isolement vis-à-vis de Paris ?

Remontons le temps pour comprendre en quoi la décision de construire le RER fut en réalité un moyen de construire un métro à l’échelle de l’Ile-de-France, connectant Paris et sa banlieue, proche et lointaine… 

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En 1970, l'intérieur d'un train du "métro régional" (qui deviendra RER en 1977).

1898 : le choix du métro favorise Paris au détriment de la banlieue.

Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, avec le développement économique et démographique de la capitale et de sa banlieue, l’Etat et la ville de Paris se disputent sur les choix stratégiques à mettre en œuvre pour améliorer les transports. L’Etat souhaite favoriser l’interconnexion avec les lignes de province et le réseau ferré, à l’aide de souterrains à grand gabarit. Paris, au contraire, souhaite un réseau plus dense limité à sa périphérie, avec des stations et des trains plus petits. D’autres villes modernes, comme Londres ou New York, doivent trancher la même question.

C’est le choix parisien défendu par les élus de la capitale, contre les députés de l’Assemblée nationale et du lobby du chemin de fer, qui remportent la partie et décident en 1898 de la construction du métropolitain. Dès lors, les Parisiens bénéficient d’un système de locomotion dense et rapide. Par contre, les habitants de la banlieue qui se rendent tous les jours dans la capitale pour travailler doivent s’y rendre en train jusqu’aux nombreuses gares parisiennes. De là, ils doivent descendre en sous-sol afin d’emprunter le réseau du métropolitain. Il s’agit donc d’un système avec « rupture de charge », c’est-à-dire que les voyageurs doivent changer de moyen de transport, ce qui entraîne une importante perte de temps. 

A la fin du XIXe siècle, le choix parisien du métro défavorise la banlieue.

De 1969 à 1977 : la création du "métro régional", première dénomination du RER.

En 1965, le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne décide de la construction d’une nouvelle ligne qui reprend l’idée portée par l’Etat au XIXe siècle, à savoir une liaison entre Paris et sa périphérie sur une ligne de train "sans rupture de charge". C’est donc une évolution radicale dans la façon d’envisager les transports franciliens : la banlieue est reliée à Paris par un métro. 

L’ancêtre du RER A prend donc forme sous le nom du « Métro régional ». Jusqu'en 1977, la ligne est coupée en deux. La partie Est est la première à être inaugurée, en 1969. Elle relie la station parisienne de Nation à Boissy-Saint-Léger, dans le Val-de-Marne.

1969 : révolution dans les transports parisiens, l’ancêtre du RER change la vie des Franciliens, la section Est du "métro régional" est inaugurée.

La partie Ouest relie La Défense à Etoile à partir de 1970 (et à partir de 1971 à la station Auber, dans le quartier de la gare Saint-Lazare). Le centre de Paris, entre Nation et Auber, n’est donc pas encore accessible. Les usagers doivent emprunter le métro parisien ou le bus pour leur correspondance avec l'autre section de la ligne.

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Photographie prise en 1970 de la station Etoile du nouveau "métro régional".

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Photographie prise en 1972 de la nouvelle station Auber, à l'époque le terminus du tronçon Ouest.

8 décembre 1977 : naissance officielle du RER avec la jonction des deux tronçons du "métro régional".

 

Après une décennie de travaux nécessitant d'immenses effort d'ingénierie, le RER est enfin inauguré, le 8 décembre 1977. Les tronçons Est et Ouest sont réunis avec la construction des gares RER de Châtelet-les-Halles et de la gare de Lyon. En plus, une nouvelle ligne dessert à l'Est les villes situées au Nord du Val-de-Marne, jusqu'à Noisy-le-Sec Mont-d'Est (il faudra attendre 1992 pour que la ville de Marne-la-Vallée et son parc de Disneyland soit reliée). 

La jonction est faite entre les deux tronçons, la gare de Châtelet-les-Halles devient l’épicentre du nouveau dispositif.

Le RER B fait également son apparition ce jour-là, avec le premier tronçon sud jusqu’à Châtelet-les-Halles. La ligne reprend en partie l’ancien tracé de la ligne de chemin de fer dite « de Sceaux ».

Le RER est inauguré en grande pompe par le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, en présence du maire de Paris, Jacques Chirac. Ce jour-là, le Président fera preuve de clairvoyance en déclarant : « Tout justifie que, loin de permettre dans les villes un usage immodéré de la voiture individuelle, nous donnions la priorité aux transports collectifs : les besoins du public, la rareté de l’espace, la nécessité de protéger l’environnement, celle d’économiser l’énergie ». A l'heure où la capitale réfléchit au futur Grand Paris et au développement des transports en commun, cette préoccupation pour plus de transports est plus que jamais d'actualité...

Reportage à bord d’un train de la ligne, de La Défense à Noisy-le-Grand-Mont d’Est en une demie-heure.