Improvise des spectacles pendant sa déportation

Raymond Devos est né le 9 novembre 1922 à Mouscron, en Belgique. Enfant, il se découvre un don de conteur d'histoires, pour le plus grand bonheur de ses proches qui restent captivés par ses mots. Le jeune garçon rêve de devenir artiste, mais les modestes ressources de ses parents l'obligent à multiplier les petits boulots : commis, assistant dans une librairie… Requis par le Service du Travail Obligatoire (STO) pendant la guerre, il décide alors de combattre la morosité ambiante en laissant exprimer sa fantaisie naturelle. Il improvise pour ses compagnons d'infortune de petits spectacles au son des quelques instruments de musique qu'il avait pu secrètement emporter avec lui.

Le déclic avec un maître d'hôtel

Après la Libération, Raymond Devos prend des cours de mime et de théâtre, et commence rapidement à jouer dans des pièces telles « Le médecin malgré lui » ou « Knock »… Après une représentation à Biarritz, il découvre l'absurde et le comique de situation au cours d'une conversation avec un maître d'hôtel. « Je voudrais voir la mer », lui demande-t-il, « vous n'y pensez pas, elle est démontée », lui répond son interlocuteur. « Quand la remontera-t-on ? » insiste le comédien ; « cela dépend du temps »… Cet échange agit comme un déclic en lui : il l'intègre dans son premier sketch « la mer », et poursuit dans l'écriture de jeux de mots et de calembours.

Un public hilare

En 1956, son premier one man show est prêt. L'humoriste écume alors les cabarets et acquiert de plus en plus de notoriété. Hilare à chacune de ses représentation, le public reprend avec lui ses saynètes, à l'image du célèbre « mais dis-moi laitier, ton lait va tourner ! » Apostrophe adressée à un laitier imaginaire, coincé dans sa voiture en marche, qui lui répond : « T'en fais pas, je fais mon beurre »…

Un Prix à son nom

Loin de se cantonner à une simple succession de boutades, ses spectacles font l'apologie de la langue française. La frustration d'avoir dû arrêter l'école à 13 ans le pousse à parfaire sa connaissance de la langue de Molière - qui le fascinait tant -, en découvrant constamment plus de nouveaux mots ou d'expressions. Raymond Devos est aujourd'hui devenu un modèle en matière de maîtrise du français, si bien qu'en 2003, le ministère de la Culture a même institué un Prix à son nom, décerné aux artistes dont l'œuvre sert à la promotion de la langue française.

Prestidigitateur et métaphysicien

Outre la casquette de magicien des mots, il revêt sur scène celle de musicien (clarinettiste, guitariste, accordéoniste ou trompettiste, toujours accompagné par son fidèle pianiste Hervé Guido), mais aussi de jongleur, équilibriste, prestidigitateur ou métaphysicien… En effet, son humour frise souvent la mathématique fondamentale, comme lorsqu'il explique que « rien, ce n'est pas rien ! La preuve, c'est que l'on peut le soustraire. Exemple : rien moins rien = moins que rien ! » ; ou que « trois fois rien, c'est déjà quelque chose » !

50 ans de carrière

En près de 50 ans de carrière, l'homme au costume bleu et au nœud papillon a su unir autour de lui le grand public comme les professionnels ; qui lui ont d'ailleurs décerné de multiples récompenses comme le Molière du meilleur one man show (1989) ou le Grand Prix de l'humour de la Sacem (2001)… Victime d'une attaque cérébrale en décembre 2005, il est hospitalisé pendant plusieurs mois à Paris. Raymond Devos décède le 15 juin 2006, à son domicile dans les Yvelines.

Pour aller plus loin

A écouter: Raymond Devos au micro de Jacques Chancel dans l'émission Radioscopie
A graver ou à télécharger: 11 sketchs de Raymond Devos

Rédaction Ina le 16/06/2006 à 00:00. Dernière mise à jour le 15/06/2016 à 09:13.
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