Ratko Mladic, de la cavale au tribunal

Redaction Ina le 21/11/2017 à 14:14. Dernière mise à jour le 22/11/2017 à 13:13.
Histoire et conflits

Plus de 20 ans après la fin des conflits qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie, Ratko Mladic, surnommé le "boucher des Balkans", vient d'être condamné à perpétuité par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. De sa cavale au tribunal, retour sur une page sombre de l'Histoire.

Discours devant ses troupes du général Ratko Mladic, commandant de l'armée serbe en Bosnie Herzégovine, dans lequel il critique, sans le rejeter, l'accord de paix conclu le 21 novembre 1995 à Dayton.

 Les heures sombres du "boucher des Balkans"

Ratko Mladic, l'ancien commandant de l'armée serbe en Bosnie Herzégovine, âgé aujourd'hui de 74 ans, est le dernier grand accusé du tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) créé en 1993 pour juger les personnes soupçonnées de crimes de guerre durant les conflits des Balkans. 

Son procès aura duré cinq ans, 523 jours précisément. Il aura vu défiler près de 600 témoins et 10.000 preuves irréfutables.

Il est accusé d'avoir réalisé le "nettoyage ethnique" d'une partie de la Bosnie en vue de créer un Etat serbe ethniquement pur.

Images diffusées montrée au Tribunal Pénal International, prouvant que des unités paramilitaires serbes ont participé au massacre. Elles montrent des exécutions de jeunes musulmans bosniaques par une milice serbe, les Scorpions, en 1995.

Srebrenica, "N'ayez pas peur rien, ne va vous arriver"

Mladic reste le responsable la "purge" de l'enclave musulmane de Srebrenica, en Bosnie orientale. Sur ces images du 11 juillet 1995, on assiste à la tentative de fuite de 30 000 réfugiés. Ils espèrent trouver refuge autour de Potocari, principale base de la FORPRONU dans la région. Sous les yeux impuissants des casques bleus hollandais, Mladic sépare les hommes de leur famille pour les emmener "à l'interrogatoire".

On apprendra plus tard qu'il les aura envoyé à la mort. Sur ces images on le voit affirmer "N'ayez pas peur rien, ne va vous arriver" et des soldats serbes lancer des bonbons aux enfants… 

Mladic refuse ensuite que les casques bleus présents sur place accompagnent les hommes vers leur destination alors inconnue…

De la traque à l'arrestation

Avant d'en arriver au procès, il aura fallu 16 années de traque pour parvenir à capturer celui qu'on surnomme le "boucher des Balkans".

En 1996, le TPIY lance un mandat d'arrêt international contre Radovan Karadzic et Ratko Mladic, poursuivis pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre lors de la guerre de Bosnie (1992-1995), qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés.

A partir de cette date, "les deux leaders serbes deviennent des hors-la-loi dans le monde entier". Commence alors une interminable cavale pour Mladic.

Le 26 mai 2011, le général serbe Ratko Mladic est arrêté dans le village de Lazarevo, à seulement une centaine de kilomètres de Belgrade. Il a été "lâché par le pouvoir qui l'a protégé du temps de Milosevic". Les veuves des victimes du génocide de Srebrenica se réjouissent de cette nouvelle qu'elles attendaient depuis des années.

"Nous terminons un chapitre de notre histoire récente et cela nous rapprochera d'une réconciliation complète dans la région".

Le "boucher des balkans" est conduit au tribunal de Belgrade. Son avocat juge son état inquiétant. Boris Tadic, le Président de la République de Serbie se félicite de cette interpellation. Carla Del Ponte, l'ex procureur du TPIY, explique que cette traque de 16 années a été en partie due à la protection gouvernementale dont a bénéficié l'accusé et à la bienveillance d'une certaine partie de la population qui le considère encore alors comme un héros.

 Pour aller plus loin

La guerre de Bosnie

Eurocorps

Le massacre de Srebrenica (playlist) : 11 juillet 1995. Alors que la guerre de Bosnie-Herzégovine fait rage, 8 372 hommes bosniaques musulmans sont massacrés à Srebrenica par des unités de l'Armée de la République serbe de Bosnie (VRS) sous le commandement du général Ratko Mladic. Retour sur les faits.

Bosnie : Les autorités musulmanes ont refusé l'évacuation des civils de l'enclave de Srebrenica assiégée par les Serbes. En plateau, Edgar Morin, sociologue au CNRS, réagit. (6 avril 1993) 

La marche du siècle : Srebrenica autopsie d'un crime de guerre 

Bosnie : cinq ans après Dayton (2000)