Pierre Dac, le roi des loufoques

Redaction Ina le 04/02/2015 à 14:04. Dernière mise à jour le 10/04/2015 à 12:21.
Arts du spectacle Art et Culture
Pierre Dac

Pierre Dac, le roi de la loufoquerie, nous quittait le 9 février 1975. L'inventeur du Schmilblick excellait dans l'art de la dérision. Aux côtés de son complice Francis Blanche, il inventa un humour caustique et déjanté. Portrait.

Pierre Dac dans l'émission "Chez Francis Blanche", 1958

L'art du loufoque

Pierre Dac voit le jour le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne. Il débute sa carrière de chansonnier dans les années 1930 et fréquente les scènes des plus grands cabarets parisiens (La Vache Enragée, le Casino de Paris, La Lune rousse etc.)

Sketch "Zéro de conduite" de Pierre Dac en 1952

Rétrospective de sa carrière d'humoriste.

Dès 1935, il entre à la radio où il présente plusieurs émissions humoristiques intitulées "La course au trésor" ou "La société des loufoques" (terme dont il est l'inventeur).

Le mot loufoque vient de l'argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou. Il donne ici sa vision de l'humour

L'organe officiel des loufoques est "L'os à moelle", une publication humoristique qu'il fonde en 1938 en collaboration avec Francis Blanche qui rédige la plupart des petites annonces.

Dès le début très critique envers le régime hitlérien, il cesse de paraître en juin 1940. Il reparaîtra épisodiquement après la guerre jusqu'en 1965.

La guerre des ondes

En 1940, l'humoriste se réfugie à Toulouse, de là, après plusieurs arrestations, il parvient à rejoindre la France Libre, d'abord à Alger puis à Londres en 1942. L'humoriste y dénonce le nazisme avec ce qu'il connait le mieux : l'humour. Ses parodies de chansons à la mode diffusées sur les ondes de "Radio Londres" sont encore dans toutes les mémoires.

Il est à l'origine du célèbre refrain " Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand" sur l'air de la Cucaracha, les paroles de couplet étant l'œuvre de Maurice Van Moppès. 

Ses célèbres chansons parodiques de 1943

"La défense élastique", parodie de 1943

Les badineries du chansonnier exaspèrent le chroniqueur de Radio Paris Philippe Henriot. Le 10 mai 1944, il s'en prend à Pierre Dac en évoquant ses origines juives et son manque de patriotisme.

L'humoriste lui répond le lendemain dans un discours lapidaire baptisé " Bagatelle sur un tombeau ". La réponse ne tarde pas: dès le 18 mai 1944, Henriot justifie son propre patriotisme.

Le reporter de guerre

Du début 1945 au 8 mai 1945, Pierre Dac est correspondant de guerre pour la RDF.

Au cours d'un reportage au Tyrol, dans le territoire occupé par l'armée française, il rencontre le docteur Fucke Michels qui n'est autre que le beau-frère d'Hitler (il a épousé la sœur d'Eva Braun).

Le reporter se rend également dans les Vosges en novembre 1944. Dans ce reportage, il interviewe une certaine Germaine Sablon. La chanteuse exprime sa joie d'être infirmière à la Division Française Libre.

Retour au cabaret

La Libération venue, l'amuseur engagé rentre à Paris et revient au cabaret, au théâtre (l'ABC, Les Trois Baudets, l'Olympia, l'Alhambra, le Théâtre de Paris, le Théâtre Édouard VII, etc.) et à la télévision. Il y excelle dans l'art des parodies.

Pierre Dac parodie Alfred Hitchcock dans cette version hitchcokienne de "L'arroseur arrosé" en 1965.

Il forme à la même époque son célèbre duo avec Francis Blanche, un binôme auquel on doit de nombreux sketches comme cette "conversation à bâtons rompus".

Les compères travaillent de concert sur plusieurs feuilletons radiophonique: "Malheur aux barbus", diffusé de 1951 à 1952 sur Paris Inter. Les personnages et aventures sont repris de 1956 à 1960 sur Europe 1, sous le titre de "Signé Furax", évoqué ici par Francis blanche dans l'émission "Radioscopie" en 1971.

Plus tard, entre 1965 et 1974, en compagnie de Louis Rognoni, Pierre Dac crée la série "Bons baisers de partout", une parodie des séries d'espionnage des années 1960, diffusée sur France Inter.

Roi des loufoques

Pierre Dac restera à jamais le "Roi des Loufoques", surnommé ainsi pour son aptitude à traquer et créer l'absurde à partir du réel. Son texte "Le biglotron" est souvent cité par les amateurs de dépédantisation (la clarification d'un texte rendu, volontairement ou non, obscur).

Il est l'inventeur du Schmilblick, qui "ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout". Ce mot imprononçable sera repris par Guy Lux pour un jeu télévisé, puis par Coluche pour une parodie de ce jeu restée célèbre.

Le Califrage du schmilblick, 1971

Le 11 février 1965, Pierre Dac se déclare candidat à la présidentielle avec le MOU ou Mouvement Ondulatoire Unifié lors d'une conférence à l'Élysée-Matignon. Le Tout-Paris est là, et applaudit le canular.

Après cette journée historique, il fera paraître régulièrement des discours grandiloquents du Mouvement Ondulatoire Unifié dans L'Os à Moelle, avec son slogan "Les temps sont durs, votez MOU !".

En 1972, un square et une statue sont inaugurés en son honneur, à Meulan. Devant les photographes, Pierre Dac et Francis Blanche posent à leur manière, c'est-à-dire en satisfaisant sur le monument un besoin naturel...

L'humoriste décède trois ans plus tard, le 9 février 1975.

Pour aller plus loin :

Toutes nos archives vidéo et audio sur Pierre Dac

Le feuilleton audio "Bons baisers de partout"

Le feuilleton audio "3 14 116"

Le feuilleton audio "Du côté d'ailleurs"

Emission satirique du "Parti d'en rire" : faîtes chauffer la colle (1946 et 1949)

A propos de l'humour : 

Le pamphlet, le français a-t-il perdu le goût de la liberté? (débat audio avec Pierre Dac de 1946)

Débat radio "Le burlesque" avec Pierre Dac et Francis Blanche en 1949.

Article "L'art de rire en politique"