"C'est un écrivain qui fait peur car il n'est pas pour l'authenticité. Comme Nabokov, toute sa ruse, tout son plaidoyer, tout son travail est pour montrer l’inauthenticité des conduites humaines... C'est la quintessence de l'écrivain, c'est Kafka !" Philippe Sollers, Apostrophes, le 6 juin 1989.

Philip Roth, un auteur kafkaïen

Philip Roth rencontre le succès littéraire dès les années 60. Dans l'ensemble de son œuvre, il va dépeindre l'âme américaine, dans ce qu'elle a parfois de plus sombre. Il n'évitera aucun thème, variant son style en fonction du récit : le patriotisme fanatique des Américains pour leur pays et pour les engagements en politique, la luxure et la sexualité, mais aussi la vie dans les familles juives…

Il a dépeint des personnages restés célèbres à l'instar de David Kepesh, un universitaire qui se transforme en poitrine à force de désir… ou Alexander Portnoy, cet homme confiant à son psychanalyste ses pulsions adolescentes.

Ses œuvres les plus connues restent notamment Le Complot contre l'Amérique, Opération Shylock, Pastorale américaine (Prix Pulitzer de fiction en 1998) ou encore La Tache.

En 2001, Philip Roth avait reçu le Prix Franz Kafka pour l'ensemble de son œuvre.

En France, il a été également fait Commandeur de la Légion d'Honneur et a été récompensé aux quatre coins du monde pour sa contribution à la littérature.

Seul manque à son palmarès, le Prix Nobel de littérature qu'on lui promit souvent mais qu'il n'obtint pas.

La rencontre Roth/Finkielkraut 

Sa parole et son visage sont rares dans les médias, c'est dire si cet entretien accordé à Alain Finkielkraut en 1999 pour France Culture est exceptionnel. A l'occasion de son décès, le philosophe français a d'ailleurs déclaré au journal Le Monde : "  Grâce au roman, Philip Roth s’élevait au-dessus de ses propres engagements".

Voici quatre longs extraits de cet entretien rare réalisé à la veille de l'exposition "The Roth Explosion" (organisée par les Écritures croisées, Cité du Livre à Aix-en-Provence du 21 au 24 oct.99).

Alain Finkielkraut  présentait ainsi son entretien à l'époque : "L'écrivain vit et travaille alors en Nouvelle-Angleterre, dans un décor enchanteur d'arbres, de fougères et de champs. Il croise, lors de ses promenades, des daims ou des tamias - petits écureuils affairés qui ressemblent étonnamment à Audrey Hepburn. Rien, sinon le croassement amical des corbeaux, n'altère le silence du lieu. Mais ce reclus du Connecticut adore la conversation… . Les interrogations nées en moi du "Théâtre de Sabbath" ou de "Pastorale Américaine", ses deux derniers livres parus en France, portaient sur l'art du roman, les vies que l'Histoire dévaste, le monde tel qu'il ne va pas, l'Amérique de notre temps. Amateurs de confessions transgressives s'abstenir : Philip Roth n'a rien à avouer, il n'enfreint pas d'imaginaires tabous pour mieux exhiber ses plaie intimes. Obéissant à une impulsion romanesque de plus en plus oubliée par les professionnels de la lecture, il nous aide à comprendre, c'est-à-dire à acquérir ce que le roi Salomon demandait dans ses prières : "Un coeur intelligent."

Dans ce premier extrait, l'écrivain Philip Roth évoque son arrivée à la campagne, en Nouvelle Angleterre, sa relation à la campagne, sa vie à New York dans les années 60 et sa rencontre avec Vaclav Havel.

Il raconte ensuite l'histoire de l'activiste Katy Budding, accusée d'action terroriste qui lui inspira son personnage de terroriste  féminine dans Pastorale américaine.

Dans les deux extraits suivants, Philip Roth analyse son héros, Mickey Sabbath dans son roman Théâtre de Sabbath, un marionnettiste de 64 ans, éternel séducteur, "briseur des tabous", antipathique aux yeux de tous les lecteurs. Il essaye d'expliquer ce qu'il y a de scandaleux dans ce personnage et raconte l'histoire familiale de Sabbath, sa souffrance morale face à la trahison de la vie, sa hantise par la mort. Il définit le but de la vie de son héros : "faire entrer le repoussant". Il termine en décrivant l'univers de son livre comme celui du corps : la destruction du corps, l'acte sexuel…

Pour aller plus loin

Quatre Un livre, un jour d'Olivier Barrot consacré à des oeuvres de Philip Roth.

Sexe, mensonges et rodéo, Apostrophes sur l'érotisme du 6 juin 1989 (Premium).

Philippe Sollers évoque le livre de Philip Roth "Portnoy et son complexe", Apostrophes, 6 juin 1989

Rédaction Ina le 23/05/2018 à 16:37. Dernière mise à jour le 06/09/2018 à 08:54.
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