Noël des lumières

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Désormais la fête de Noël rime avec dépenses frénétiques et accumulation de cadeaux. Chacun rêve du dernier gadget High Tech. La table du réveillon croule sous une profusion de mets délicieux et de sucreries. Il y a une centaine d’années, nos ancêtres festoyaient bien différemment. Dans une France encore rurale, la trêve des confiseurs correspondait à une période de répit et de retrouvailles pour les familles.

Nos aïeux célébraient la naissance de l’enfant Jésus, certes, mais aussi le solstice d’hiver. La bûche dans la cheminée, l’orange dorée, les bougies symbolisaient le retour de la lumière.

Point de vue : Noël d’autrefois, 1987

La traditionnelle veillée

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Au début du XXème siècle, le cœur de la soirée de Noël n’est pas le réveillon mais la veillée. Invitons-nous à une veillée traditionnelle en Auvergne, des chants et des danses nous accueillent gaiement, avant le départ de la marche aux flambeaux vers l’église illuminée.

Veillée traditionnelle en Auvergne, 1969

La famille, élargie aux amis ou aux voisins, se réunit près du poêle ou du feu et écoute les belles légendes du « diseur d’histoires », à l’image de ce vieil auvergnat loquace.

 Un conteur auvergnat, 1967

La veillée, même simple, réjouit les enfants, autorisés cette nuit particulière à se coucher tard. En 1967, Marcel Lignière, un vaillant centenaire, évoque son souvenir vivace de cette époque bénie. Il raconte à ses petits enfants une histoire de berger.

Un centenaire raconte ses Noëls

En 1974, à Pommiers, on veille toujours à l’ancienne. Tandis que la bûche crépite dans l’âtre, les hommes épluchent les marrons. Dans la cuisine, les femmes préparent le gâteau traditionnel et garnissent la volaille. Le plus bavard des convives se lance dans un récit de Noël « authentique »…

Veillée à Pommiers, 1974

Le mot récurrent des témoignages est la « simplicité ». Cet ancien évoque la joyeuse ambiance qui précède le départ pour la messe. Il revient également sur une croyance ancienne, celle qui prétendait qu’il ne fallait pas aller dans l’étable ce soir-là : on aurait surpris les bœufs en pleine prière. Il évoque enfin le rite de la « bûche au feu », bénie par l’aïeul. Conservée plusieurs semaines, elle apportait le bonheur dans la maisonnée.

 Noël dans les Deux-Sèvres, 1985

Un repas frugal

Bien loin des agapes actuelles, les anciens décrivent des repas frugaux agrémentés de quelques confiseries et de fruits acidulés.

Devant la caméra, André Bertin, 86 ans, prépare la recette qu’on servait traditionnellement dans ses jeunes années : le repas des rois.

Une recette de Noël par André Bertin, 86 ans, 1979

Des limousins très âgés nous content, avec des étoiles dans les yeux, leurs Noëls d’enfants : le boudin à la compote, le vin chaud sucré, l’assiette du père Noël. Les succulentes oranges et les pralines… Les anecdotes se teintent de nostalogie, les yeux s’embrument.

Noël limousin 1985

Dans les Ardennes, pas de dindes, ni de bûches mais des gaufres… l’écrivain Yanny Hureau salive encore à l’évocation de ce met de fête.

Noël dans les Ardennes, 2000

Certains mets peuvent surprendre. En 1969, dans la région de Belfort il était encore de coutume de manger un bon gros chat !

A Belfort, on mange un chat dans la nuit de Noël, 1969 (audio)

La messe de minuit

La soirée est rythmée des contes, des jeux et des confiseries que l’on grignote en attendant l’événement de la soirée : la messe de minuit. A Chaource dans l’Aube, Jean Daunay, un ancien instituteur de 81 ans se souvient de l’atmosphère de recueillement et de simplicité de cette cérémonie éclairée à la lanterne. Il s’amuse de la dualité entre le Père Noël et le Petit Jésus.

Messe de minuit, 2000

Des cadeaux simples remplis d’amour

Dans la France d’avant-guerre, les enfants attendent également le Père Noël avec impatience. Certains lui dressent le couvert, tous déposent leurs sabots ou galoches au pied de la cheminée. Le sapin s’est généralisé après la Seconde Guerre Mondiale. En 1974, un centenaire se souvient de ses premiers Noëls et fredonne une comptine qu’il chantait alors.

Centenaire à Chaumont, 1974

L’ambiance familiale, le plaisir de voir les petits se précipiter le matin à la cheminée  restent gravés dans le cœur des anciens. Les Noëls d’antan, ce sont les cadeaux simples qui rendent très heureux. Un présent inattendu et unique.

Loin du merchandising, un livre, un cadeau fabriqué par les parents ou une friandise restent à jamais gravé dans les mémoires. Le goût de l’orange et du sucre d’orge émoustille encore les papilles.

Les Noëls d’autrefois

Le présent est modeste mais offert avec amour. Jean Giono raconte un « Noël somptueux » où il reçut une paire de ciseaux et des marrons glacés. Un autre aïeul évoque son plus beau présent : le roman « La chartreuse de parme » qu’il emporta avec lui dans les tranchées de la Grande guerre.

Jean Giono et Noël, 1963 

Des étoiles dans les yeux, ce professeur de musique se souvient du plus beau trésor de sa vie, découvert au pied du sapin en 1915 : un clairon. L’instrument est à l’origine de sa vocation de musicien. Il changea sa vie et celle de centaines d’enfants après lui.

Le clairon de Noël, 1977

Autre témoignage émouvant, celui de ce vétéran de la grande Guerre. Il reçoit son premier cadeau de Noël au front, il a 23 ans : un nécessaire de toilette. 70 ans plus tard, le vieil homme possède toujours son vieux peigne.

Noël sur le front

Noël reste une fête particulière dans le monde entier. Autrefois, comme aujourd’hui, la naissance de Jésus et la visite du Père Noël aux enfants sages constituent les éléments unificateurs d’une société solidaire.

Pour aller plus loin

Cadeaux de Noël, les animaux aussi  (article)

Le Père Noël dans la pub (playlist)

Les contes de Noël (article)

Les marchés de Noël (article)

Rédaction Ina le 20/12/2013 à 10:11. Dernière mise à jour le 21/12/2017 à 16:24.
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