Nicolas Hulot a-t-il vraiment «reculé» sur le nucléaire ?

Nicolas Hulot a-t-il vraiment «mangé son chapeau» ? Le ministre de l’Ecologie a déclaré mardi à la sortie du conseil des ministres, «que la France ne tiendrait vraisemblablement pas l'objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025». (source AFP).

La raison ? Le ministre de l’écologie a expliqué, sur RMC et BFMTV, que ses collaborateurs et les spécialistes de l’énergie «savaient que ce ne serait pas possible, sauf dans une brutalité excessive». «On s'était fixé un totem, mais on ne s'est pas mis en situation d'y parvenir», a-t-il ajouté, jugeant «que la réduction de 75% à 50% de la part de l'électricité d'origine nucléaire, inscrite dans la loi de 2015 sur la transition énergétique, était impossible, sauf (...) à renier tous nos engagements climatiques». (Source AFP).

Des propos qui ont suscité de nombreuses critiques : un recul, ont dénoncé de nombreux militants écologistes. Un retour à la réalité, ont ironisé d’autres commentateurs. Or, à écouter ses précédentes déclarations, il semblerait plutôt que la position de Nicolas Hulot soit assez constante, au moins sur cette question de la date.

2007 : Nicolas Hulot prudent par rapport à l’objectif de réduction à 50% de la part du nucléaire

En 2007, invité sur le plateau d’Audrey Pulvar sur France 3, il répond avec prudence à la proposition de Ségolène Royal, qui s’engageait lors de sa campagne présidentielle sur une réduction de «85 à 50 %» de la part du nucléaire dans la production énergétique. S’il approuve l’arrivée de la thématique du nucléaire dans le débat politique, il nuance ses propos quant à la durée prévue de la transition : «Est-ce que c’est réaliste ? Il faut demander aux spécialistes. Mon sentiment personnel, c’est que c’est bien que la France à moyen terme se dote d’un véritable bouquet énergétique, mais que simultanément, on baisse notre consommation énergétique». La priorité pour lui se résume donc en deux points, la «sobriété et l’efficacité énergétique d’une part, et d’autre part un vrai bouquet énergétique qui pourra faire baisser progressivement la part du nucléaire».

2011 : Après Fukushima, Hulot favorable à la sortie du nucléaire, mais sans donner de délai…

En 2011, Nicolas Hulot se positionne plus franchement dans le débat sur la sortie du nucléaire. Un mois après la catastrophe de Fukushima, lors de la commémoration des 25 ans de l’accident de Tchernobyl, il se rend à Strasbourg pour manifester auprès des écologistes alsaciens pour la fermeture de la centrale de Fessenheim. Interviewé dans le cortège, il estime que «la sortie du nucléaire restera un scénario complexe, mais qui doit être acté», et souhaite «que la fermeture de la centrale de Fessenheim soit effectivement l’an I d’une nouvelle politique énergétique».

Cette participation est perçue par les médias comme un changement dans sa position traditionnellement modérée sur le nucléaire. A tel point que sa présence choque certains militants qui interprètent sa venue comme un positionnement opportuniste ; il s’est déclaré, quelques jours auparavant, candidat à l’élection présidentielle de 2012, sans mentionner la question du nucléaire dans son programme. Et, surtout, il compte parmi ses soutiens financiers le groupe EDF.

Mais Nicolas Hulot ne donne toujours pas de date précise, ou souhaitée, quant à la fermeture de Fessenheim et à la réduction du nucléaire en France. On est plus dans la déclaration d’intention que dans la promesse de campagne, puisque le candidat à la primaire écologiste ne s’engage sur aucune date ni aucun chiffre.

2015 : oui au «50%»

En septembre 2015, Nicolas Hulot revient de nouveau sur la place du nucléaire dans le mix énergétique français. Au micro d'Europe 1, il déclare sa volonté que la France tienne l'engagement que «dans la production d'électricité, le nucléaire revienne à 50%». Mais là encore, il se garde de donner une date butoir.

2017 : «Je veux sortir de l’hypocrisie sur la question de la sortie du nucléaire»

Très récemment, le 11 septembre 2017, le nouveau ministre de l’Ecologie exprimait auprès de lecteurs du Parisien la difficulté d’appliquer telles quelles les dispositions de la loi de transition énergétique, votée en 2015 sous l’impulsion de Ségolène Royal, prévoyant donc une baisse de la part du nucléaire de 75 à 50 % d’ici 2025 : «Je dis simplement que si on veut appliquer à la lettre cette loi, il faut fermer, d’ici 2025, 17 à 25 réacteurs. Je ne fais simplement qu’énoncer ce à quoi la loi nous engage (…). Je veux sortir de l’hypocrisie, c’est facile de se fixer des objectifs et de dissimuler les conséquences, moi je ne veux pas rentrer dans ce jeu-là.»

Dans la suite du débat, Nicolas Hulot explique vouloir remettre la question énergétique française «à plat». L’engagement est pris de «fermer un certain nombre de réacteurs d’ici les années qui viennent, et pas seulement Fessenheim, et on le poursuivra jusqu'à l’objectif de 50%». Seule la date de 2025 est problématique, donc, pas l’objectif. Et sur cette question de la date, le ministre laisse la main à la révision de programmation pluriannuelle de l’énergie qui devrait statuer d’un nouvel échéancier l’année prochaine.

Au regard de ses anciennes déclarations, il se dégage donc deux tendances : premièrement, une inflexion quant à son discours sur la place de l’atome dans le bouquet énergétique français, qui a varié au moment de l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, alors qu’il se positionnait justement dans la course à l’élection présidentielle de 2012. Deuxièmement, une constance qui se manifeste par une prudence répétée face aux annonces chiffrées des politiques sur la baisse du nucléaire et sur le calendrier qu’il convient de mettre en œuvre.

Les derniers propos de Nicolas Hulot, s’ils désavouent donc la teneur de la loi de transition énergétique de 2015 et les promesses de campagne d’Emmanuel Macron, paraissent donc plutôt dans la continuité de ses discours sur la place du nucléaire en France.

Rédaction Ina le 08/11/2017 à 15:40. Dernière mise à jour le 08/11/2017 à 17:43.
Economie et société