Rescapée des geôles de Pinochet, deux fois présidente du Chili, Michelle Bachelet vient d'être nommée Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Une première ! Cette mission lui sied à merveille, car la défense des droits de l'homme a toujours été un point fort de ses mandats.

"Quand on supprime la liberté et que la tyrannie s'impose toutes les horreurs sont possibles".

La défense des droits de l'homme, c'est un rendez-vous que Michelle Bachelet n'a jamais raté au cours de ses deux mandats à la tête du Chili (en 2006 et 2013). Lors de la journée internationale des droits de l'Homme, ici le 10 décembre 2009 à Lonquén, là où la dictature du général Pinochet avait commis l'un de ses premiers massacres. Cette fille d'un opposant politique assassiné, elle-même détenue et torturée, avait voulu faire de la défense des Droits de l'Homme un point fort de son mandat. Ce jour-là présidente de la République du Chili prononce un discours émouvant :

"Quand on supprime les libertés et que la tyrannie s'impose, toutes les horreurs sont possibles. C'est pour cela qu'il est si important de soigner et de perfectionner notre démocratie." (En espagnol. Source AFP)

Des geôles de Pinochet à la présidence du Chili

"Je crois qu'une femme élue peut être un symbole de ce changement au Chili et un exemple pour d'autres pays".

En 2006, contre toute attente, une femme de 54 ans, pédiatre et élevant ses enfants seule, remporte l'élection présidentielle. Fille d'un général mort sous la dictature, elle a elle-même connu la prison et l'exil. Ministre de la santé puis de la défense, elle aspire désormais à diriger son pays : "Je suis sereine" déclare-t-elle alors. Socialiste, elle s'inscrit dans la continuité des précédents gouvernements post Pinochet de centre gauche. Sa priorité c'est l'emploi : "Mais pas n'importe quel travail, des emplois décents". Largement élue grâce au vote des femmes, dans un pays plutôt machiste, lors de sa campagne, elle aspirait à une démocratie plus paritaire.

 

"Qui aurait cru, il y a 20 ans ou même 5 ans, que le Chili élirait une femme présidente..."

Le 15 janvier 2006, Michelle Bachelet est élue présidente de la République du Chili avec 53% des voix devant le très conservateur Sébastian Pinera. C'est la première fois dans l'histoire de ce pays d'Amérique latine, conservateur et très catholique.

Sébastian Pinera, très fairplay, lui rend un vibrant hommage lors de sa déclaration de défaite : "A travers sa victoire, je veux rendre hommage aux millions de femmes qui grâce à leur ténacité et leurs efforts sont parvenues à la position qu'elles ont maintenant".

"La vérité c'est que je pense que les qui se produisent dans une société ne se referment pas immédiatement, elles prennent du temps à cicatriser."

En 2013, Michelle Bachelet est réélue pour un deuxième mandat face à sa rivale Evelyn Matthei, économiste de droite. Amies d'enfance, ainsi que leurs pères généraux, elles sont séparées lors du putsch de Pinochet en 1973 contre le président Salvador Allende. Le père de Michelle Bachelet meurt sous la torture alors que celui d'Evelyn Matthei rejoint le général Pinochet en maintenant d'une main de fer les soldats du putschiste. Angela Bachelet, la maman de Michelle, se souvient du jour où elles sont allées reconnaître le corps de leur père et époux à la morgue…  Quant à Michelle Bachelet si elle ne met jamais en cause le père de son ancienne amie, elle garde en elle des "blessures profondes".

Rédaction Ina le 10/08/2018 à 11:55. Dernière mise à jour le 10/08/2018 à 12:09.
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