Une tradition diplomatique

François, le président, et François, le Pape, ont choisi le jour de la « Saint François de Sales » pour se rencontrer au Vatican. Cette visite officielle s’inscrit dans un contexte tendu entre la France et les catholiques concernant des sujets de société comme l’adoption du « mariage pour tous » ou le projet gouvernemental sur la fin de vie.

Cette visite d’État du président de la République au chef de la chrétienté est une tradition mise en place par le Général de Gaulle.

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En 1944, c’est en qualité de libérateur de la France, avant même de devenir président, que le Général profite d’un voyage en Italie pour rencontrer le Pape Pie XII. L’instant est solennel.

 De Gaulle rencontre le Pape Pie XII, 1944 (images muettes)

Mais officiellement, c’est le président René Coty qui est le premier chef d’État français, depuis Charles VIII au 16ème siècle, à rendre une visite officielle à la plus haute autorité religieuse du monde. En 1957, il goûte aux fastes du Saint Siège en s’entretenant 45 longues minutes avec Jean XXIII.

Visite de Coty, mai 1957

Un protocole fastueux

A chaque visite, le protocole reste immuable : une audience strictement privée entre les deux leaders. La remise d’un cadeau de prestige au Pape et de décorations aux membres de la délégation présidentielle. La visite se termine généralement par une déclaration pontificale en français et la réponse présidentielle ainsi qu’une une visite à la basilique de Saint Jean de Latran.

La France à Rome, 1957

A son retour à la tête du pays, le Général de Gaulle reprend naturellement ses relations cordiales avec le Vatican.

En 1959, c’est en compagnie de son épouse, entièrement vêtue de noir et voilée, que le Général rencontre Jean XXIII. Il lui remet également un précieux manuscrit d’une Bible sur parchemin du 16ème siècle. La déclaration commune des deux leaders est empreinte d’affection mutuelle. Le Pape réaffirme sa « paternelle affection » au président français qui le remercie pour son appui fidèle.

De Gaulle rencontre Jean XXIII, 1959

En 1967, pour sa troisième visite, le général est reçu dans la cité papale par le cardinal Pacelli, neveu de Pie XII. Il arbore pour l’occasion le collier de l’ordre suprême du Christ, la plus haute distinction pontificale. Le Président de la République est également nommé Chanoine honoraire de la Basilique de Saint Jean de Latran par Paul VI. Depuis Henri IV, la tradition confère cette charge honorifique au dirigeant français, considéré par Rome comme le descendant des Rois de France.

Visite officielle de 1967

Des rencontres irrégulières

Les autres présidents de la Vème République se plient à la tradition avec une fréquence plus variable. Il n’est plus question de visite d’État mais d’une simple audience.

Georges Pompidou préfère s’abstenir dans un contexte relationnel tendu entre l’Église conservatrice et la société contestatrice de la fin des années 70.

Valéry Giscard d’Estaing reprend le chemin de Saint Pierre à trois reprises, en 1975, 1978 et 1981. A chaque fois, le président aborde des sujets universels comme la paix dans le monde ou la liberté de conscience. Il est le premier chef d’État à être reçu officiellement par Jean-Paul II, le nouveau Pape Polonais.

Visite de VGE à Rome, 1978

Après lui, François Mitterrand est le septième dirigeant français à visiter le Saint Père. S’il se prête de bonne grâce au protocole, il le fait à minima en acceptant le titre de chanoine sans le recevoir officiellement. Son audience privée avec Jean-Paul II reste néanmoins la plus longue jamais accordée à un dirigeant en place (1H15). Visiblement le courant est passé entre ces deux hommes très spirituels.

Mitterrand rencontre Jean-Paul II

L’assiduité de Jacques Chirac

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Jacques Chirac revendique clairement sa foi catholique. En tant que ministre ou maire de Paris, il rencontre le Pape à cinq occasions. Devenu président, il renoue avec la tradition de la « visite d’état », abandonnée après de Gaulle en 1959. Durant ses deux septennats, la France redevient « fille de l’église ». Accompagné d’une Bernadette très pieuse, il rencontre Jean-Paul II en 1996 et termine évidemment son fastueux pèlerinage à la basilique de Latran.

Jacques Chirac au Vatican, 1996

Sarkozy et la laïcité positive

Quelques mois après son accession à la présidence, Nicolas Sarkozy est reçu en entrevue par Benoit XVI. L’accueil est très chaleureux. Même engouement du côté du président qui déclare « la nécessité de la contribution catholique dans des sociétés sans repères et sujettes aux bouleversements ». Dans la délégation française, un visage étonne : celui de l’humoriste Jean-Marie Bigard.

Voyage de Nicolas Sarkozy, 2007

Nouvelle visite officielle en 2010. Depuis leur dernière conversation, Nicolas Sarkozy a divorcé et s’est remarié mais cela ne semble pas entacher les relations cordiales des deux hommes. Un autre sujet préoccupe la communauté catholique : la politique complexe de la France à l’égard des Roms.  Dans son allocution, Jean-Louis Tauran, Président du conseil pontifical évoque ce point épineux. La visite s’achève devant le tombeau de Saint Pierre.

Nicolas Sarkozy à Rome, 2010

Rédaction Ina le 16/01/2014 à 18:05. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 11:33.
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