Le scandale des Pentagon Papers

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Pentagon Papers, le film de Steven Spielberg retrace le combat de la rédaction du Washington Post pour la divulgation d'un rapport du Pentagone remettant en cause les décisions prises par quatre présidents américains à propos de la guerre du Vietnam. Divulgation qui provoqua un scandale mediatico-politique en 1971. Si le film se concentre sur le travail de publication du scoop par des journalistes du Washington Post, c'est en fait le New York Times qui sortit l'affaire en juin 1971. Le journal obtiendra d'ailleurs le prix Pulitzer en 1972 en récompense de son travail d'enquête sur ce dossier. 

Un rapport accablant dévoilé par le New York Times

Tout commence lorsqu’un ancien marine, Daniel Ellsberg, procure au New York Times un rapport top secret de 7000 pages  émanant du Pentagone et commandité par le secrétaire à la défense, Robert McNamara.

Le 15 juin 1971, Emmanuel de la Taille, correspondant aux USA, explique les implications du scandale d'Etat provoqué par la publication du rapport Mc Namara dans les colonnes du New York times, prouvant "La logique de l'escalade dérive du double dogme de la guerre froide (la lutte contre le communisme) [...] "Une fois engagée si l'Amérique recule c'est perdre la face, encourager l'agression communiste et ruiner l'influence américaine dans le monde" [...] "Cette logique a poussé quatre présidents à envoyer un demi-million d'hommes au combat sans beaucoup se poser de questions morale sur la nécessité d'un tel engagement".

Le rapport est implacable. Il dévoile les mensonges des présidents américains sur la guerre au Vietnam. Les documents prouvent que les présidents américains depuis Truman dans les années 50, en passant par Eisenhower, Kennedy jusqu'au président Johnson se sont enlisés volontairement dans la guerre du Vietnam, bien qu'informés que le conflit était sans issue et persistèrent à envoyer la jeunesse américaine au combat pour une question de fierté nationale.

Le 30 juin 1971, le New York Times obtient gain de cause auprès de la Cour Suprême qui, par un vote historique, lui donne "gain de cause contre le gouvernement dans l'affaire des fuites du Pentagone".

Ce sujet revient sur cette victoire et explique en quoi consiste le rôle de cette institution incontournable de la Constitution américaine.

A l'origine un lanceur d'alerte

Avec cette affaire, Daniel Ellsberg fut l'un des premiers lanceurs d'alerte Américain. En 2013, à 81 ans, il soutenait le lanceur d'alerte Bradley Manning , un soldat condamné à 35 ans de prison pour avoir transmis des informations militaires sur la mort de civils pendant la guerre d'Afghanistan au site Wikileaks.

"Je m'identifie à tous les lanceurs d'alerte, mais en particulier à Bradley Manning parce que c'est la première fois depuis 40 ans, depuis les "Pentagon papers", que quelqu'un rend public un aussi grand nombre de documents et pour cela, il mérite d'être considéré comme un héros".

Katerina Graham, la femme forte du Washington Post

Si le New York Times est le premier à divulguer le scoop, le film de Spielberg choisit de retracer l'enquête menée par le Washington Post, alors dirigé par la femme d'affaires Katerina Graham (jouée par Meryl Streep) et le rédacteur en chef Ben Bradley, joué par Tom Hanks. Il insiste en particulier sur leur dilemme moral  de savoir s'il fallait divulguer ces informations au public au risque de transgresser la loi qui protégeait les secrets d’État ?

Katie Graham, c'est elle aussi qui, en 1972, soutiendra deux petits journalistes de moins de 30 ans, Bob Woodward et Carl Bernstein, qui ont enquêté sur le scandale du Watergate et dont le film Les hommes du président a retracé l'enquête. Si dans le film de J. Pakula, sorti en 1976, il est juste fait allusion à cette femme à poigne, celui de Spielberg fait la part belle à la ténacité et au courage de son héroïne.  

Voici une interview rare de la directrice du Washington Post en 1974. L'interview est précédée d'un vibrant hommage du journaliste auteur du sujet.

"Ainsi, la main qui a fait vaciller l'Amérique est une main de femme, mais de super femme. Femme d'affaire et femme d'esprit, Katherine Graham possède et dirige le Washington Post, le magazine News Week, sans compter des stations de radio et de télévision. Un empire surtout par son influence politique. C'est elle qui a décidé de lancer l'épreuve de vérité avec un président tout puissant qui s'apprêtait" à gagner son pari au Vietnam et des élections triomphales. Il lui fallait plus que du courage. C'était courir le risque en cas d'échec d'anéantir toute la crédibilité de la presse. Ce risque Katherine Graham l'a pris et même maintenu contre un Nixon vainqueur en 1972. Elle a tout joué sur deux petits journalistes de moins de 30 ans qui les premiers avaient percés les filières de la guerre électorale de la Maison Blanche".

Katie Graham  nous donne ensuite sa conception de la liberté de la presse.

"Je pense que ce qui est mauvais en Amérique, c'est lorsqu'un seul homme est propriétaire de tout (elle parle de la presse). Les attaques contre notre crédibilité étaient verbales. Il niait tout (Nixon), il disait que nous étions des assassins de réputation et que nous imprimions des rumeurs, des choses fausses. Et comme nous étions seuls dans cette affaire, ça a été une époque très éprouvante".

Elle décrit également les mesures d'intimidation prises par le gouvernement, notamment de ne pas renouveler leurs licences d'information en Floride.

Rédaction Ina le 23/01/2018 à 17:30. Dernière mise à jour le 23/01/2018 à 17:53.
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