Le projet d’enfouissement de déchets radioactifs de Bure

Redaction Ina le 22/09/2017 à 12:08. Dernière mise à jour le 23/10/2017 à 16:14.
Sciences et techniques

Les militants antinucléaires du bois Lejuc se réunissent ce weekend, à Bure dans la Meuse, sur le site choisi pour le centre de stockage de déchets radioactifs. Retour sur la problématique des déchets générés par l'industrie nucléaire et sur ce projet très contesté d'enfouissement qui devrait débuter en 2025.

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Images de synthèse du futur site d'enfouissement de déchets radioactifs de Bure, 2016

Déchets radioactifs : un épineux dossier

L'électricité produite en France provient à 80% de l'énergie nucléaire. La métropole possède 58 centrales réparties sur 19 zones. Si le nucléaire est considéré par certains comme une énergie propre qui ne produit pas de CO2, elle reste néanmoins très polluante à long terme. Indestructibles et d'une longévité de milliers d'années (le plutonium persiste 24 000 ans), ces dechets constituent un véritable défi pour les générations futures. 

2008. Les atouts et les inconvénients de l'énergie nucléaire.

Explication de la chaîne de traitement des déchets nucléaires (période de radioactivité, volume à traiter...).

2006. En filigrane du dossier nucléaire se pose la question de l'avenir de ces déchets radioactifs. Les députés votent une loi plutôt en faveur d'un enfouissement en profondeur à l'horizon 2025, mais d'autres pistes restent à l'étude, d'autant plus que les écologistes s'opposent à cette solution de l'enfouissement.

Que deviennent les déchets radioactifs à l'heure actuelle?

2012. Exemple de l'usine de la Hague où est recyclé 95% du combustible radioactif des centrales nucléaires. Les 5% restants représenteront 100.000 tonnes en 2020. Ces déchets se présentent sous forme de cylindres d'acier inoxydables contenant de la matière radioactive solidifiée. Une des solutions est de les enfouir à 500 mètres sous terre dans une épaisse couche d'argile… 

Le projet d'enfouissement de Bure

Dès les années 60 et le démarrage du programme nucléaire, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) lance des recherches françaises sur la gestion des déchets radioactifs de haute activité à vie longue et le stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde.

Ce n'est que dans les années 80 que La notion de laboratoire souterrain est introduite par un groupe de travail sur le devenir des combustibles nucléaires usés et la gestion des déchets radioactifs. C'est l'’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), qui dépend alors du CEA, qui est chargée de mener des travaux de reconnaissance géologique pour trouver un site susceptible d’accueillir un tel laboratoire.

À la fin des années 1980, ces travaux de reconnaissance sont bloqués par une forte opposition, ce qui conduit à la suspension des travaux et à la loi Bataille.

Il faudra attendre les années 90 pour que le projet redémarre. En octobre et novembre 1993, les conseils généraux de la Haute-Marne et de la Meuse votent la candidature officielle de leur département à l’implantation d’un laboratoire.

1996. Après trois années d'études, trois sites sont retenus pour le futur site d'enfouissement de L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs(ANDRA) : Bure (site argileux à la frontière entre la Meuse et la Haute-Marne), Marcoule (site argileux près de Bagnols-sur-Cèze dans le Gard) et La Chapelle-Bâton (site granitique dans la Vienne).

L'opposition au projet s'organise

Dès 1995, les opposants se regroupent en collectif de différentes associations. Les manifestations ne vont plus cesser.

1998. Rassemblement européen contre le caractère irréversible de l'enfouissement en profondeur des déchets radioactifs.

Reportage dans la commune de Bure, dans la Meuse, qui accueillera un laboratoire destiné aux recherches sur le stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde, conformément à la décision du gouvernement.

1998. Reportage sur les conditions d'enfouissement des déchets radioactifs et sur les risques encourus.

Août 2000. Alors que les premiers travaux doivent débuter à Bure, plusieurs centaines de manifestants forment une chaîne humaine pour protester contre le projet d'enfouissement des déchets radioactifs sur le site.

2013. A Bure, les discussions avec les habitants piétinent. Les militants parlent désormais de l'endroit comme d'une "poubelle atomique".

2016. Un Anonymous comparait en justice pour avoir piraté les sites des partenaires du projet. Il témoigne anonymement :" Il y a eu un déni de démocratie, ce qui choque c'est que l'Andra offre des millions aux collectivités; une manif ça peut engendrer un blocage de la circulation, donc ça dérange. C'est le même principe sur internet : bloquer un site, symboliquement, c'est de la même nature; ce n'est pas une volonté de nuire ou de détruire le site, juste de faire passer un message pirate sur ces sites"

Des débats parlementaires compliqués

2014. Pour faire passer le projet, le gouvernement tente d'annuler le débat parlementaire prévu sur la question. Sous la pression des écologistes qui dénoncent un "coupe de force du gouvernement", il est finalement rétabli.

2015. Le principe de réversibilité est adopté au Sénat sur un amendement présenté par Gérard Longuet. Une décision qui fait bondir les écologistes, ils craignent que le débat parlementaire prévu en 2016 n'aie pas lieu, un débat qui doit déterminer les conditions de réversibilité.

Les anti-nucléaires ne croient pas en cette réversibilité. Pour eux : retirer immédiatement les containers enfouis à 500 m de profondeur en cas de problème risque d'être compliqué, coûteux et dangereux.

2015. Le Conseil constitutionnel censure plusieurs dispositions et amendements de la loi Macron, notamment ce projet contesté de stockage de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse. Mais ce texte sera de nouveau devant le parlement en 2016 sous la forme d'une proposition de loi.

Ralentissement du projet et coût exorbitant

2016. Face aux blocages des anti-nucléaires, le projet d'enfouissement stagne et son coût enfle de manière conséquente. Son estimation a doublé en dix ans. 32,8 milliards d'euros, c'est la somme désormais annoncée pour le projet Cigeo.

Ce chiffre alarme le CEDRA, le collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs de Haute-Marne. Après cette annonce, EDF perd même 4,36 % de sa valeur à la bourse.

L'affaire se complique encore avec un accident sur le chantier d'enfouissement. Un éboulement se produit à 60 mètres de profondeur dans l'une des galeries souterraines. On déplore un mort et un blessé.

Décembre 2016. Point sur le projet Cigeo et visite du site expérimental. 

Le site d'enfouissement définitif devrait ouvrir ses portes en 2025 mais suscite toujours autant de polémiques. Ce reportage explicatif tente de rassurer, mais y parviendra-t-il ?

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